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Une portée universelle et émancipatrice

"Libérer le sport" des mains des marchands est la première condition pour en garantir la nature humaine.

Le sport peut être porteur du meilleur comme du pire. En quelques jours on a vu le meilleur : l’élan des supporters allemands en faveur de l’accueil des réfugiés, le CIO qui mobilise 2 millions de dollars pour la même cause, la FSGT fidèle à sa tradition, qui appelle à la solidarité.

Et dans le même temps le pire ; La FIFA s’enfonce dans un marasme de scandales de corruption. Le Qatar atteint des sommets d’inhumanité quant au traitement des ouvriers des chantiers de coupe du Monde 2022. La spéculation sur les jeunes joueurs, tel le transfert d’Anthony Martial estimé à 80 millions d’euros, dépasse l’indécence et n’est pas sans rappeler les scandales des bulles financières. Les « marchands » dénaturent les compétitions et les lieux sportifs en les affublant de noms de marques au détriment de sportifs ou de personnalités inscrits dans la mémoire collective. Plus un bout de terrain qui ne soit marqué du sceau d’une marque. Prochain épisode : le Palais Omnisport de Paris Bercy, qui devrait s’appeler " Accor Hôtels Aréna". Et après ? Notre corps marqués ou avec des puces insérées ?
Et combien renoncent ? L’État absent, les collectivités exsangues, le mouvement sportif convaincu qu’il n’y a pas d’autres sources de financements. Sauf que de l’argent il y en a, mais il est fort mal réparti et fort mal orienté du fait de l’égoïsme de certains, on pense aux patrons des clubs de ligue 1 de football qui oubliant d’où viennent leurs joueurs ne veulent plus être solidaires du foot amateur, ni des divisons inférieures, on pense au manque de moyens pour les milliers d’enseignants et de bénévoles.

Lors de mes échanges avec Yvon Adam sur le sport, une conviction s’est imposée : « c’est un secteur privilégié où se construisent, dans l’affrontement et la compétition, les capacités nouvelles des hommes avec leurs corps. La haute performance est productrice d’une culture et d’un spectacle qui concernent l’humanité toute entière ce qui explique les enjeux politiques ». Oui le sport a tout à la fois, cette portée universelle et émancipatrice, car pour maitriser son destin, conquérir son autonomie, dépasser l’aliénation, l’appropriation de son corps s’avère le premier enjeu humain.
C’est pourquoi nous posons 20 questions pour « libérer le sport »*. Deux s’imposaient à nous : Le sport peut-il encore être facteur de progrès technique et humain ? La recherche effrénée de la performance ne risque-t-elle pas de déshumaniser le sport ? Certains disent qu’il suffirait de développer l’activité physique hors de toute compétition et de performance pour régler le problème. Si tentante que soit cette vision, elle oublie que l’émancipation suppose la relation avec autrui, le dépassement de soi à travers le jeu et la progression quelque que soit son âge.

Parce que le progrès doit être accessible à tous, nous ouvrons deux nouvelles pistes, celle d’un indice de développement humain dans le sport et la création de nouvelles règles pour cultiver le plaisir du jeu. Plutôt que renoncer, travaillons à ce que la haute performance soit au service du progrès humain, de l’éducation, du sport pour tous et de la culture.

Alors, si Paris accueille les Jeux Olympiques et paralympiques de 2024, menons le combat pour qu’ils soient des jeux citoyens et populaires porteurs d’humanité, plutôt qu’ils sombrent définitivement dans la fange du marché. Les comités locaux pour la réussite des Jeux Olympiques et paralympiques que nous lancerons samedi 12 septembre à Paris et à la fête de l’Humanité peuvent être l’antidote citoyen au poison de la confiscation par les marchands de l’un des évènements les plus universels. Nous avons 9 ans devant nous pour entamer une nouvelle ère.

Publié le

8 septembre 2015

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