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Stratégie Handicap : pour une intégration sociale par le travail

Danièle Premel intervient pour souligner l’importance du travail dans l’intégration sociale des personnes en situation de handicap.

Retrouvez son intervention

J’interviendrai plus particulièrement sur l’axe "Favoriser une inclusion accompagnée", notamment sur l’accès et le maintien à l’emploi en ayant à l’esprit, comme le souligne la communication, que l’inclusion nécessite une approche globale et une interaction de l’ensemble des droits fondamentaux : scolarité, santé, logement, déplacement, mobilité, logement.

Concernant l’entreprise au sens large, nous connaissons toutes et tous la loi de 1987 sur l’obligation d’emploi de travailleurs handicapés, mais souvenons-nous qu’elle se justifiait sur la reconnaissance de fait d’une moindre employabilité des personnes en situation de handicap. Il faut attendre la loi de 2005 pour que soit affirmé le principe de non-discrimination des personnes en situation de handicap, en particulier dans le domaine de l’emploi. En promouvant l’accès aux dispositifs de droit commun, et en faisant du travail en milieu ordinaire, une priorité.

Si j’ai fait ce rapide détour, c’est bien pour souligner l’évolution du regard sur le handicap et disons-le, sur la personne en situation de handicap, qui est reconnue comme un citoyen producteur. Il faut dépasser l’attitude à son égard allant du refus de l’altérité à son acceptation, et privilégier l’intégration sociale par le travail en portant sur la personne en situation de handicap des mots positifs, comme efficience, capacité de travail, participation à la production, acteur social. Pourtant, encore aujourd’hui, les personnes en situation de handicap continuent à rencontrer de grandes difficultés pour trouver un emploi ou le conserver, et leur taux de chômage reste deux fois supérieur à celui de la population.

De plus, nous sommes autour d’un taux de 4 % d’emplois au bénéfice des personnes en situation de handicap en entreprise ou dans la fonction publique, loin des objectifs de 6 % prévus par la loi. Par ailleurs, toutes les statistiques, les enquêtes et les évaluations portent sur les personnes ayant une reconnaissance administrative de leur handicap, soit environ 1,8 million. De la sorte, on écarte de l’analyse les personnes en situation de handicap, qui ont renoncé au travail et celles qui, bien que souffrant d’une déficience physique ou mentale induisant des incapacités plus ou moins lourdes, ont pu accéder directement à l’emploi, sans avoir sollicité une reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé, par méconnaissance du dispositif ou par rapport à sa propre image de lui-même.
On estime que 80 % des personnes en situation de handicap sont invisibles. Il nous faut prendre en compte simultanément ces deux niveaux pour mieux comprendre le fonctionnement du marché du travail des personnes en situation de handicap. L’employabilité, je dis cela entre guillemets, vis-à-vis d’un emploi, est un indicateur tout relatif. Elle variera selon qu’un employeur accompagne ou pas son embauche d’un effort de formation et de l’adaptation ou pas du poste de travail.

Quand sur le marché du travail des difficultés de recrutement apparaissent dans un secteur, un employeur réduira son niveau d’exigence et embauchera plus facilement une personne en situation de handicap en l’accompagnant d’un investissement pour adapter son poste de travail. C’est bien la question du travail qui se pose.

Dans la période de chômage élevé dans laquelle nous sommes, l’employabilité des personnes en situation de handicap va se réduire et dépendre des efforts que fait l’employeur ou la société pour réduire cette distance. C’est donc bien les efforts conjugués de l’Etat et de la Région à travers le cadre du plan régional d’insertion des travailleurs handicapés, dans lequel s’inscrit la Ville de Paris, que pourront se constituer des réponses plurielles de nature à répondre aux problématiques spécifiques des personnes en situation de handicap dans leur difficulté d’accès à l’emploi et de maintien dans l’emploi. L’entrée à l’âge adulte pour les jeunes comme l’aspiration à l’autonomie et à l’activité professionnelle pour tous se posent et l’on voit bien, que l’on soit valide ou pas, qu’elle se pose.

Le champ de la scolarité est aussi fondamental. Beaucoup de progrès restent à accomplir. Peu de personnes en situation de handicap accèdent à l’université. Accompagner la personnalité des plus jeunes est une clef nécessaire de la réussite scolaire.
Les collectivités et pouvoirs publics doivent pouvoir allouer beaucoup plus de moyens aux établissements scolaires afin qu’ils aient des professeurs formés et assez nombreux pour aider les enfants au quotidien. Seul 1 jeune sur 5 poursuit ses études en milieu ordinaire à l’âge de 20 ans. Au final, 6 % de 20 à 24 ans reconnus en situation de handicap possèdent un diplôme de l’enseignement supérieur, contre 30 % de la population aujourd’hui.

Les inégalités sociales se surajoutent au problème du handicap. Les élèves d’origine modeste sont surreprésentés parmi les élèves en situation de handicap. Près de 6 enfants sur 10 présentant des troubles cognitifs ou intellectuels vivent dans une famille de catégorie sociale défavorisée. Les études ont montré depuis longtemps les effets du niveau scolaire et des diplômes sur l’accès à l’emploi. Mais les obstacles sont encore plus nombreux et plus importants dans le parcours professionnel et l’accès à l’emploi des personnes en ayant un handicap. C’est à ces difficultés que répondent les engagements de la communication.

Nous soutenons les modalités opérationnelles qui permettront d’inscrire dans la réalité notre politique. Soutenir l’inclusion professionnelle, promouvoir les actions de formation, accompagner vers et dans l’emploi. Je voudrais simplement apporter quelques éclairages et approfondissements.
Concernant l’accueil, l’orientation et l’accompagnement professionnel, nous proposons d’approfondir et de travailler sur le repérage des métiers adaptés à la nature du handicap. Dans les différents forums, emplois, et dans l’intervention des associations intervenant en faveur de l’emploi, cette dimension, cette spécificité, cette recherche doit être prise en compte et développée.
Concernant l’employabilité, la validation des acquis et l’accompagnement en entreprise, si le tutorat est prévu, il faudrait développer toutefois le parrainage, qui représente une continuité dans le parcours et une aide qui repose sur une compétence, une reconnaissance du champ professionnel et la possibilité d’activation du réseau économique.

Concernant l’exemplarité de la Ville, il s’agit dans la communication de l’engagement de la collectivité en tant qu’employeur et nous ne pouvons que soutenir ces orientations. Mais Paris doit aussi être exemplaire, soit en prévoyant systématiquement dans ses marchés publics la clause sociale, relevant de l’article 38, soit en s’appuyant sur l’article 36 qui permet de réserver des marchés aux opérateurs économiques qui emploient des travailleurs handicapés. Il me paraît important que ces références soient présentes dans les appels d’offres.

Je terminerai mon propos en soulignant que si le travail est important car il permet à toutes et à tous de porter sa pierre à l’édification de notre société, de se sentir unique et membre à part entière du contrat social. D’autres dimensions de la problématique des personnes ayant un handicap demandent d’autres réponses intégrées, complémentaires et en articulation, comme les conditions de l’inclusion au réel dans la cité et les espaces publics, l’exercice de la citoyenneté, et dans le logement auquel je suis très sensible comme présidente d’un logeur social et dont j’ai bien noté que cette problématique était prise en compte. Ces priorités, en synergie, seront des facteurs essentiels d’une politique globale pour réussir notre stratégie handicap, inclusion et accessibilité universelle.

Je vous remercie.

Publié le

2 avril 2017

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