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La réforme du statut de Paris mérite mieux qu’un voeu

Intervention de Nicolas Bonnet Oulaldj sur la réforme du statut de Paris en séance du Conseil de Paris du 28, 29, 30 septembre et 1er octobre 2015

Madame la Maire,
Mes cher-es collègues,

Vous affirmiez récemment que vous souhaitiez que la Maire de Paris soit traitée comme tous ses collègues, que notre ville ne soit plus « tutellée » par l’Etat. Cet archaïsme, cet héritage vient de la traditionnelle méfiance de l’Etat central face à sa capitale.

Il faut dire que l’histoire a souvent illustré cet esprit frondeur, de la Révolution Française à la Commune de Paris, en passant par la Libération d’Août 1944, Paris n’aime pas se faire dicter ses lois. Et quand « Paris se met en colère… » dit la chanson, je vous laisse à tous le soin de susurrer la suite.

Nous sommes bien entendu d’accord avec vos arguments et avec le périmètre des compétences que vous voulez voir revenir dans le giron de la commune.

Les exemples que vous donnez sont édifiants, tant en matière d’urbanisme, que de voirie, que d’aspects de la vie quotidienne, comme les ouvertures des débits de boisson. Il serait normal que la Maire et son conseil décident de ce qui concerne les parisiens.

La récente bataille que vous avez menée face au gouvernement en est l’illustration flagrante. Le Premier ministre et le Ministre de l’économie ce sont comportés avec Paris comme jadis l’Afrique du Sud avec un bantoustan.

Paris nous le savons n’appartient pas qu’aux parisiens mais à ses amoureux, mais laissons les salariés et les citoyens et leurs élus décider de ce qui est bon pour leur ville.

Et pour reprendre la théorie du touriste à forte capacité d’achat, je ne crois pas que même lui souhaite que Paris ressemble à New York ou Shanghai. Le rythme de vie parisien semble lui convenir. Que cesse cette volonté d’uniformisation des grandes métropoles !

Vous maintenez une exception dans le catalogue que vous avez soumis au gouvernement, ce sont les questions de sécurité publique et vous avez raison.
Pas seulement à cause de la situation actuelle et des risques d’attentats, mais nous pensons, comme vous, que la Police nationale qui fait bien son travail, ne doit pas être concurrencée par une Police Municipale qui coûterait fort cher aux parisiennes et aux parisiens et qui surtout permettrait à l’État de réduire ses effectifs comme cela s’est passé partout où ces polices ont été créés.

J’ajouterai, et ce n’est pas une boutade, que, bien que nous nous opposions au recours de la vidéo surveillance, frauduleusement appelée vidéo protection, il serait souhaitable de faire porter au seul état central la charge de l’installation et de l’entretien des dites caméras, voilà une recette nouvelle ou une non- dépense qui serait la bienvenue dans le cadre de la préparation budgétaire…

Concernant le découpage de notre commune en super arrondissements comme à Marseille, le sujet mérite d’être évoqué. Il convient tout de même de garder en tête que les parisiennes et les parisiens apprécient la proximité de leurs élus. Les arrondissements sont un échelon essentiel de dialogue, de concertation et d’échanges avec une population à qui, trop souvent, on dénie le droit de décider entre deux échéances électorales. Les processus de démocratie participative que vous avez amplifiés ne peuvent ni ne doivent passer que par le net. L’échange direct avec les élus reste un moyen essentiel de réconcilier nos concitoyennes et nos concitoyens avec une démocratie dont ils finissent par douter tant les promesses sont éloignées des réalités qu’ils vivent.

C’est d’abord le maillage des services publics et des équipements publics qui nous préoccupe et les économies d’échelles ne doivent pas se faire au détriment de l’accueil des parisiens et de la réponse à leurs besoins.

Le point le plus délicat est celui de la fusion de l’échelon ville et départemental en une nouvelle entité territoriale.

Nous pouvons concevoir que le travail fait depuis des années a rapproché les politiques des deux entités dont vous avez la responsabilité.

Il reste bien quelques vestiges du passé comme des documents budgétaires différenciés et un contrôle de légalité encore séparé. Mais derrière ce projet je vois plusieurs difficultés.

La première et ce n’est pas l’une des moindre ce sont les personnels et ils convient lorsque le débat sera plus avancé de les associer à cette réflexion.

La seconde c’est que Paris n’est pas seul. Le travail de Bertrand Delanoë et de Pierre Mansat a beaucoup rapproché Paris de sa banlieue. C’était une politique volontariste. Désormais la loi sur la création de la Métropole nous oblige. Et là je dois avouer que je ne suis pas certain que votre annonce ait fait plaisir aux présidents de conseils départementaux qui vous entourent.

Ils se sont battus pour le maintien des départements et leur spécificité en matière sociale et éducative et ils ont été finalement entendus. Par cette proposition ne les fragilisez-vous pas et ne pensez-vous pas que les esprits malins de la droite n’en profitent pour redemander à terme la recréation de la Seine et Oise, voire leur absorption dans la métropole ? Ce à quoi Paris a pu échapper dans la loi portant réforme territoriale.

Pour finir madame la Maire, sur un point de méthode. Nous sommes plus forts quand nous sommes unis et il aurait été de bon augure que vous associez les groupes de votre majorité à votre démarche ainsi l’Etat aurait compris que c’est forte du soutien affirmé de votre majorité que vous entamez ces démarches.

J’ai déjà eu l’occasion de vous le dire, vous avez plus d’amis dans ce conseil que vous n’en avez au gouvernement, sachez-vous appuyer sur eux, pour les bons comme pour les mauvais jours.

Et enfin la réforme que vous proposez ne pourra se faire dans le cadre actuel des relations financières entre l’Etat et Paris. Sans une réforme de la fiscalité locale que nous avons, vous et nous, appelée de nos vœux, toute réforme territoriale dans le cadre d’une politique d’austérité et de réduction des dotations sera entachée du pêché de la seule volonté de faire des économies.

On ne modifie pas un territoire à ce seul motif mais pour renforcer les liens entre les citoyens et leurs élus en bref pour renforcer la démocratie.

Je vous remercie

Publié le

29 septembre 2015

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