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Schéma Départemental de la Protection de l’Enfance : nous devons protéger les enfants de toutes origines et de tous les milieux sociaux

Fanny Gaillanne est intervenue pour défendre notre conception du service public : un service guidé par l’universalité qui aide tous ceux qui en ont besoin, riche ou pauvre, français ou étranger. Mais la Ville doit dépasser les bonnes intentions et se donner les moyens de véritablement protéger les mineurs, que ce soit créant les postes nécessaires dans les services sociaux ou en augmentant en direction des Mie et des jeunes majeurs.

Retrouvez l’intervention de Fanny Gaillanne.

Madame la Maire, mes chers collègues,

La protection de l’enfance est l’un des sujets majeurs dont le Département de Paris a la charge de traiter.

C’est un sujet extrêmement complexe.

D’abord complexe de par les situations auxquelles nous devons répondre et qui obligent à s’immiscer dans les situations individuelles, dans le quotidien des personnes et dans l’histoire intime des familles.

Ensuite parce que la protection de l’enfance est tout aussi complexe quand on l’aborde du point de vue des institutions car un grand nombre d’acteurs interviennent dans ce domaine : services sociaux, écoles, justice, milieu médical etc.
Aussi je tiens à remercier le travail réalisé par Dominique Versini, Nawel Oumer et par la DASES. Je tiens également à saluer les travailleurs sociaux qui interviennent au quotidien aux côtés des familles, des enfants dans ce contexte très difficile.
Nous voterons ce schéma départemental même si je me permettrais plusieurs remarques sur son contenu et sur les conditions de sa mise en œuvre.

Le premier point que je souhaite souligner est étroitement lié à la conception même que nous nous faisons du service public : il est primordial aujourd’hui de rappeler le principe d’universalité du service public, une notion qui a tendance à se perdre, d’autant plus dans le contexte d’austérité que nous connaissons actuellement. Pourtant nous le voyons bien en lisant la première partie de ce schéma : même s’il y a des difficultés plus vivaces dans certains quartiers, on se rend bien compte qu’il y a des enfants en détresse sur l’ensemble du territoire parisien. Il est donc primordial d’être présent partout, dès le premier maillon de la chaine. Cela passe notamment par la présence d’assistante sociale scolaire dans toutes les écoles, quelques soit leur quartier d’implantation. Prioriser notre action sur certains quartiers reviendrait à passer sous silence la souffrance qui peut exister dans des milieux plus aisés, nous ne pouvons pas prendre ce risque.

Cela m’amène à faire une deuxième remarque sur les différents dispositifs de détection et de prévention des situations préoccupantes. Les agents de la ville qui travaillent au service social scolaire, au service social polyvalent ou encore en PMI, nous font régulièrement part de leurs difficultés à remplir correctement et sereinement leurs missions en l’état actuel des choses. Les situations sociales auxquelles ils sont confrontés sont difficiles et elles s’aggravent année après année sous l’effet de la crise. La crise les oblige à démultiplier leurs efforts, à travailler sur de nouveaux dispositifs, à se familiariser à de nouvelles problématiques qui leur étaient jusqu’à présent inconnues. Par ailleurs, les contraintes financières de la Ville de Paris ont un impact important sur les personnels de l’action sociale : les suppressions de postes vacants et les redéploiements pèsent lourdement sur ces agents qui pour un certain nombre d’entre eux sont en souffrance au travail. D’autant que ces agents se sentent parfois mis de côté, comme cela a pu être le cas lors de l’élaboration de ce schéma départemental qui n’a peut-être pas assez donné la parole aux travailleurs sociaux de la Ville de Paris.

Cet ensemble d’éléments de contexte nous font douter de la capacité des services à détecter les situations préoccupantes. Et les réorganisations en cours, réforme du service social scolaire, réforme du nouveau Paris solidaire, nous inquiètent par certains côté car elles déstabilisent ces agents.

Au-delà des services de la Ville, la question des moyens se posent avec force vis-à-vis des partenaires. Le schéma s’ouvre sur la participation des centres sociaux, associations qui ne cessent de nous alerter localement sur leur difficulté à boucler leur budget. Le groupe communiste-Front de Gauche a d’ailleurs déposé un amendement budgétaire pour renforcer les budgets des centres sociaux qui n’a pas été retenu.

Ce schéma de la protection de l’enfance se poursuit sur la thématique des familles hébergées à l’hôtel, un dispositif en surchauffe permanente depuis sa création. Il continue avec l’implication des services de la PJJ dont les agents nous alertent tout aussi régulièrement sur la dégradation de leurs conditions de travail. Toutes ces alertes sur les difficultés matérielles et budgétaires nous inspirent de la crainte. Car nous sommes en accord avec la plupart des objectifs énoncés dans ce schéma mais nous restons plus qu’interrogatifs sur la capacité de tous à le mettre en œuvre dans de bonnes conditions.

Je souhaitais enfin conclure en revenant sur les efforts réalisés en direction des jeunes majeurs. Le schéma prend des orientations qui nous conviennent pour réduire le choc auquel sont confrontés tous les sortants de l’ASE à leur majorité ou à la fin de leur contrat jeune majeur. La mise en place d’un secteur éducatif dédié aux jeunes majeurs, permettre une meilleure articulation avec les dispositifs de droit commun comme la garantie jeune, et mieux communiquer sur les possibilités de soutien au-delà de 21 ans voilà autant d’orientations que nous soutenons. Car ces jeunes doivent pouvoir choisir leur propre avenir, définir leurs parcours scolaires, universitaires ou professionnels, doivent pouvoir construire leurs projets de vie sans être obliger d’opter pour des voies d’autonomisation ce vers quoi ils sont bien trop orientés jusqu’à présent à la sortie du dispositif ASE.

Je note à ce titre que les choix budgétaire viennent conforter l’accompagnement des jeunes majeurs, 2 millions d’euros pour l’année 2016, c’est un premier pas qui je l’espère sera amplifié dans les années à venir.

Je vous remercie.

Publié le

18 décembre 2015

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