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Question d’actualité relative aux interventions des forces de l’ordre dans les universités

Jean Noël Aqua interpelle le préfet de police sur l’intervention des forces de l’ordre pour réprimer la contestation pacifique d’étudiant opposés à la réforme dite "loi orientation et réussite des étudiants". Il dénonce l’aveu d’impuissance du gouvernement à convaincre la jeunesse du bienfondé de sa loi.

Retrouvez son intervention

Madame la Maire, Monsieur le Préfet de police, mes cher·e·s collègues,

« Allez dire à ceux qui vous envoient que nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes ».
Cette phrase du révolutionnaire Mirabeau, à laquelle beaucoup de Républicains doivent être sensibles, les étudiants mobilisés contre la loi sur la sélection auraient pu la faire leur. La force légale n’est pas toujours légitime.

Faisons un bref rappel des faits.

Le 12 avril au soir, les forces de l’ordre interviennent pour évacuer les étudiants de la Sorbonne.
Le vendredi 20 avril, une vaste opération policière lancée à 5 heures du matin sur le site de Tolbiac de Paris 1 met fin à l’occupation estudiantine.
Lundi 30 avril, c’est le site Censier de Paris 3 qui est évacué entre 4h30 et 5h30 du matin.

Nous ne sommes pas dupes. Nous voyons dans cet usage de la force, une nouvelle manifestation de l’autoritarisme du gouvernement d’Emmanuel Macron et d’Édouard Philippe. Ils cherchent à imposer verticalement la loi Vidal et la sélection généralisée qu’elle met en place.

Ces démonstrations de force ne sont qu’un aveu de leur impuissance à convaincre la jeunesse du bienfondé de cette loi.

Cette attitude est révélatrice de leur conception de la démocratie, où l’exécutif décide seul, bien au-delà de son programme électoral, où l’exécutif est adepte des coups de force en mettant en œuvre une réforme avant même que la navette parlementaire ait abouti, où l’exécutif méprise l’opposition des corps intermédiaires, où l’exécutif ignore le mouvement social.

La coupure entre le pouvoir et la jeunesse semble chaque jour plus nette. En témoignent les qualificatifs méprisants utilisés par le Président, désignant les étudiants qui luttent pour l’accès de toutes et tous à l’Université, comme des « agitateurs professionnels », des « extrêmes », ou des « radicaux » oubliant au passage l’étymologie du mot.

Le mouvement de contestation s’amplifie donc dans les universités face à la surdité du gouvernement, coupable de l’exacerbation des tensions. L’expression des assemblées générales, les boycotts, les tribunes, les manifestations, les actions sur le terrain sont constitutives de toutes les luttes qui ont débouché sur des progrès sociaux.

Aussi, en tant qu’élus, nous ne pouvons que condamner les tentatives d’intimidation par la force. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. La République en marche veut mettre au pas celles et ceux qui luttent pour leurs droits.

Pour nous, la violence n’est pas la solution d’un mouvement social. Elle sert des intérêts contradictoires, et elle sert notamment le système. Nous avons condamné fermement les violences en marge du 1er mai, qui sont non seulement anti-républicaines, mais qui éloignent aussi le mouvement social de son objectif et de son élargissement.

Mais vous comprendrez que nous nous interrogeons sur les évacuations policières dans les universités, au petit matin, avant les horaires de perquisition, avec un grand nombre de CRS mobilisés.

Nous réprouvons l’opportunité de ces interventions policières pour étouffer un mouvement de contestation.

Aussi, nous souhaitons interroger la Préfecture de Police. Quels sont les ordres qui ont été donnés pour ces interventions policières ? Qui sont les donneurs d’ordre ? Qui décide du moment, comme des armes utilisées ?

Monsieur le préfet, comment pouvez-vous nous garantir que vos hommes, seuls dépositaires de la force légale, n’ont pas été instrumentalisés par le pouvoir en place, afin d’étouffer la contestation légitime d’une politique imposée de façon autoritaire ?

Publié le

4 mai 2018

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