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Place et débats, deux mots qui se conjuguent si bien à Paris.

Déclaration du groupe des élu-e-s communiste Front de gauche sur le mouvement « nuit debout »

Depuis le 31 mars le mouvement « Nuit debout » « occupe » tous les soirs la place de la République, ce que certains ont traduit par « privatisation de l’espace public ». On sent bien que ce mouvement interpelle l’ensemble des partis, des syndicats, des associations et des institutions.

Certains, principalement à droite, craignent son ampleur et sa détermination et condamnent les participants, au prétexte du non-respect de l’état d’urgence. Ils sont en fait dans l’idée d’étouffer toute tentative de démocratie directe. Ils souhaitent confisquer la parole naissante. D’autres soulignent principalement les excès ou les dérives, qui malheureusement existent comme dans tout rassemblement de masse et parient, à demi-mot, sur l’épuisement ou l’impasse dans laquelle pourrait s’engouffrer le mouvement. Le gouvernement est de ceux-là.

Ce n’est pas en évacuant la place avec renfort de CRS, en vidant la soupe ou en éteignant les lumières que l’on arrêtera la détermination de celles et ceux qui veulent rester debout pour construire un autre monde. À aucun moment, il ne doit y avoir d’amalgame entre ces débatteurs nocturnes et les casseurs qui ne visent qu’à discréditer le mouvement. Alors plutôt que de commenter, d’adopter un ton méprisant, d’amalgamer, voire de récupérer, regardons, écoutons, participons.

Ce mouvement inédit s’est fixé des règles démocratiques, il ne souhaite pas être l’objet d’un débauchage politicien. Mais Il nous interroge comme élus, il nous bouscule par sa forme et il nous rassure quant aux idées qu’il véhicule. Ayons la modestie de penser que la démocratie, si elle est à réinventer, doit aussi l’être par les citoyens eux-mêmes et pas uniquement par leurs représentants élus démocratiquement.

Un peuple qui ne se sent pas ou plus entendu, qui voit quotidiennement celles et ceux qui les gouvernent fouler aux pieds les engagements pris, l’écart entre le dire et le faire n’est plus supportable, voilà comment nous voyons la vague de fond qui a porté « Nuit debout ».

Ce rassemblement témoigne de l’exaspération d’une partie importante de la population face aux politiques d’austérité et au recul des droits sociaux, économiques et politiques. Le rejet de la loi El Khomri, de l’état d’urgence, de la déchéance de nationalité, le dégoût suscité par les révélations liées au scandale de « Panama papers » ou la dénonciation de l’argent qui pourrit tout à travers le film « Merci patron », la nécessité de régénérer la démocratie, de faire la démonstration de l’usure de nos institutions, voilà certains ingrédients qui animent les débats. Des débats en échos aux manifestations des lycéens, étudiants et salariés contre le projet de loi travail et à la pétition qui a recueilli plus d’un million de signatures.

Si ces occupants bousculent à leur manière la politique, ils bousculent aussi le mode d’occupation de l’espace public, sachons entrer en dialogue avec eux pour que la place soit à tout le monde. Nous sommes persuadés que leur objectif est de n’exclure personne.

Ils sont un écho vivant de ce que nous avons réaffirmé au Conseil de Paris lors du débat sur le réaménagement des places parisiennes. Les idées qu’ils prônent ont été au cœur des échanges sur le budget participatif. Ils motivent les décisions de démultiplier les lieux de délibération et d’élaboration des politiques publiques, comme le tout nouveau Conseil des Générations Futures que nous venons de créer.

Après les attentats nous avons collectivement souhaité que les parisien-es restent « debouts », prennent la parole et la garde, nous avons appelé de nos vœux un vrai débat sur qu’est-ce que la République, nous avons été fiers de la mobilisation positive des parisien-es.

Après avoir échangé avec les Maires de Madrid et de Barcelone élus avec des majorités de gauche issues des mobilisations des indignés, la Maire de Paris devrait s’enorgueillir que sa population occupe les places et souhaite participer à la délibération collective. Surtout, ironie de l’histoire, alors que le 2 avril se déroulait la première « nuit des débats » voulue par les élus parisiens, le plus grand débat était place de la République, la Maire de Paris a été entendue bien au-delà de ses espérances.

Alors sachons créer les espaces démocratiques qui s’inscrivent dans l’Histoire de Paris et dans l’écriture de son avenir. N’oublions jamais que c’est par un acte d’occupation illégal du jeu de paume à Versailles que les élus du tiers état sont devenus une assemblée constituante.

Les élu-e-s du groupe Communiste – Front de Gauche du Conseil de Paris

Publié le

13 avril 2016

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