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Non à "Bernard Arnault Land" dans le bois de Boulogne

Alors que le rapport de M. Lionel Zinsou sur la préfiguration d’une fondation sur la mémoire de l’esclavage, la traite et leur abolition était remis le 8 mars 2017 au Premier Ministre et préconisait le site de l’ancien Musée national des Arts et Traditions Populaires (MATP), François Hollande, Anne Hidalgo et Bernard Arnault signaient une convention d’occupation du domaine public confiant pour 50 ans le MATP à LVMH.
Les élu-es communistes s’y sont opposés.

Retrouvez l’intervention de Nicolas Bonnet-Oulaldj

Madame la Maire,Mes chèr-es collègues

On nous présente ici sans délai une délibération visant à attribuer la concession de l’ancien Musée des arts et traditions populaires à Bernard ARNAULT. Nous voterons contre ce cadeau de compensation à M. ARNAULT, alors qu’une fondation sur la mémoire de l’esclavage pourrait y voir le jour.

Sans être systématiquement opposés aux fondations privées, nous ne pouvons que constater qu’une partie du bois de Boulogne deviendrait, avec ce projet, un "Bernard Arnault land", ce monsieur qui vient d’être classé "première fortune de France" et "onzième fortune mondiale" ; ce monsieur qui fut de la célèbre soirée du Fouquet’s, et qui a été le premier patron français à être reçu par le Président TRUMP ; ce monsieur, qui a voulu être belge pour de mesquines raisons de droits de succession ; ce monsieur, dont un documentaire de François RUFFIN, honoré d’un César, nous apprend que loin du patriotisme industriel qu’il feinte de défendre, fait produire en Pologne, à Madagascar et en Asie, et non dans le Marais ou dans le Faubourg-Saint-Antoine ; ce monsieur dont on sait par ailleurs que sa fortune profite d’un système qui tolère, voire organise l’optimisation et l’évasion fiscale. Sur 420 entreprises du groupe, 140 sont basées dans des paradis fiscaux, selon une enquête de Mediapart.

Après la fondation Vuitton et le jardin d’acclimatation, Bernard ARNAULT souhaite récupérer l’ancien Musée des arts et traditions populaires, fermé depuis 2005. Son projet devrait être tourné vers les métiers d’artisanat, d’art et les savoir-faire remarquables de notre capitale. On aimerait le croire. L’idée est de se tourner vers les jeunes des quartiers et de favoriser l’apprentissage afin de retrouver des compétences dans des disciplines qui, faute de relève, pourraient disparaître de nos territoires. Ainsi, M. Arnaud se rachète à peu de frais une bonne conscience.

Cette opération, d’un strict point de vue budgétaire, est bénéfique pour la Ville de Paris, mais il est surprenant que ces locaux vides depuis 12 ans n’aient pas été intégrés dans les projets "Réinventer Paris" ou « « Réinventer la Métropole", ce qui aurait peut-être permis d’avoir des propositions différentes et diversifiées.

Ironie de l’histoire, le jour ou Bernard ARNAULT, François HOLLANDE et la Maire de Paris se retrouvaient pour porter sur les fonts baptismaux le projet, un rapport est remis au Gouvernement par M. ZINSOU, ancien Premier ministre du Bénin, qui avait été chargé par le président de la République de travailler à la préfiguration d’une future fondation pour la mémoire de l’esclavage, de la traite et de leur abolition. Monsieur ZINSOU propose que l’un des sites de cette fondation soit l’ancien Musée des arts et traditions populaires. L’ancien Musée national des arts et traditions populaires, une fois réhabilité, serait sans aucun doute plus fonctionnel, écrit le rapporteur.

Alors, le choix de Bernard ARNAULT est le choix de la facilité, et nous le regrettons. Nous sommes opposés à ce projet pour trois raisons principales, et je les rappelle : premièrement, parce que la fondation L.V.M.H. et le jardin d’acclimatation, ce coin du bois de Boulogne, s’apparenteraient à un "Bernard Arnault land" ; deuxièmement, parce que le projet n’a pas de colonne vertébrale, un patchwork dont on ne voit pas le réel sens culturel.Troisièmement, parce que nous défendons, comme le rapport ZINSOU, la nécessité d’une fondation pour la mémoire de l’esclavage. Nous pensons que l’ancien musée des arts et traditions populaires est le meilleur endroit pour l’y installer. Mes collègues Danièle PREMEL et Raphaëlle PRIMET reviendront en détail sur nos propositions.

Je vous remercie.

Publié le

2 avril 2017

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