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" Lutter contre la violence, c’est d’abord construire une société qui crée de la solidarité "

A ce contrat qui comportait de nombreux manques et points de désaccord, nous avons déposé de nombreux vœux rattachés afin de l’enrichir, notamment deux vœux adoptés sur la valorisation des gardiens d’immeuble et l’adoption d’un plan de prévention et de dialogue avec les supporters. Nous regrettons que nos vœux concernant la mise en place d’un plan d’urgence pour les jeunes majeurs et d’un audit sur l’efficacité de la vidéo-surveillance aient été rejetés . Retrouvez l’intervention de Nicolas Bonnet Oulaldj.

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Madame la Maire, Monsieur le Préfet,

C’est bien évidement dans un contexte particulier que nous débattons de ce contrat parisien de prévention et de sécurité après les attentats du début de l’année.

Nous sommes aujourd’hui sur le temps de la réponse politique et nous avons besoins de savoir qu’est-ce qui dans le présent fait sens ? Quel est le dénominateur commun pour lutter contre toutes sortes de violence, de barbarie et d’obscurantisme, toutes les formes de délinquance dans notre société ? En ce début d’année, nous sommes plusieurs à avoir convoquer l’esprit des lumières.

La lutte contre toutes les formes de violences ne pourra triompher que dans un projet de société qui place l’émancipation humaine au cœur de ses choix, avec plus d’éducation, plus de prévention, plus de dialogue et de compréhension mutuelle, plus d’associations et de travail en commun. La réponse n’est pas du côté de ceux qui versent, à micro ouvert, dans la haine de l’étranger, elle est du côté des progressistes qui croient en l’avenir de l’humanité et de sa jeunesse.

Pour Emmanuel Kant : « Les Lumières c’est la sortie de l’homme hors de l’état de tutelle dont il est lui-même responsable. »

Il y a là une critique de l’organisation sociale et l’aspiration à un changement politique, à une révolution, au triomphe de la raison sur la foi et les croyances.

Madame la Maire, si nous avions à voter ce contrat, le premier amendement que je formulerais, serait de l’intituler "contrat parisien pour les libertés et l’émancipation".

La réaction du peuple de Paris en ce début d’année, n’est pas la demande d’une société plus punitive, mais d’une société de la liberté, l’égalité et la fraternité.

Mesure phare de Nicolas Sarkozy, la LOPPSI 2 est une énième loi illustrant une frénésie sécuritaire sans limite. Si la droite insiste sans cesse, en demandant aujourd’hui un baromètre de la sécurité ou la création d’une police municipale, nous constatons d’abord son échec sur ce sujet. Les causes de la violence ne se règlent pas à la manière du « père fouettard », en brandissant le retour de la morale et de l’autorité ou des internats. De même, nous ne croyons pas à la solution miracle de la vidéosurveillance. Aucune étude sérieuse sur son efficacité ne nous est fournit depuis son installation à Paris. Nous vous demandons que le plan de vidéosurveillance ne soit pas développé sans étude préalable, et si l’efficacité n’est pas prouvée, que les caméras soient retirées de l’espace public. Ce qui est certain, c’est que nous sommes tous sous surveillance, ce que Michel Foucault, dans son cours sur la société punitive en 1973 définit comme le panoptisme. Mais ce que Foucault, et d’autres philosophes n’ont pu anticiper, c’est le développement des technologies, et ce qu’elles impliquent sur la pratique de la surveillance panoptique. Internet, les smartphones, les caméras portatives, les drones induisent une nouvelle forme de contrôle : chacun peut potentiellement observer son voisin. Le système panoptique est devenu portatif. Non seulement l’humain est surveillé à tous les échelons, mais chacun devient son propre surveillant. Nous devrions nous inquiéter de cette évolution.

La violence de notre société est la première cause de la délinquance. Nous devons d’abord nous attaquer aux racines du mal : le chômage, les inégalités et injustices, la dégradation du cadre de vie, la dureté des relations de travail, l’échec scolaire ou encore les discriminations. Lutter contre la violence, c’est d’abord construire une société qui crée de la solidarité par des réponses immédiates en terme d’emploi, de justice sociale et de qualité de l’éducation. Cela implique une autre politique basée sur une juste répartition des richesses et des moyens accrus pour que les services publics de proximité. S’assurer d’une présence quotidienne et pérenne des policiers, des magistrats, des enseignants, des éducateurs, des animateurs socioculturels et bien au-delà, tous ceux qui favorisent le lien social et les valeurs éducatives et par leur implication citoyenne et leur engagement associatif. Nous pensons par exemple aux rôles de gardiennes et gardiens d’immeuble, et nous vous proposons de valoriser leur travail.

Lutter contre la violence c’est aussi construire l’égalité, et cela implique une intervention inédite et ferme de l’État contre la criminalité financière et économique telle que la fraude et l’évasion fiscale.

Cela implique une autre organisation du temps, où l’on accorde plus temps libre pour sa famille, pour la vie associative et citoyenne, à l’inverse de la généralisation du travail du dimanche.

Cela implique un investissement sans précédant dans la jeunesse et d’y consacrer les moyens nécessaires pour protéger les mineurs des différents dangers. C’est l’esprit de l’ordonnance de 1945 qui affirme la primauté de la réponse éducative sur la réponse pénale.
L’enfant, ou l’adolescent, même délinquant, ne saurait être considéré comme un adulte. Il est avant tout un être en devenir et à ce titre il faut le traiter de façon spécifique.

Or, les modifications de la loi apportées par la droite au pouvoir - à savoir abaissement de la responsabilité pénale au moins de 13 ans et la banalisation de la garde à vue des mineurs - tendent à rapprocher leur traitement à celui des adultes. Nous attendons toujours la modification de cette loi, une promesse de mai 2012.
Plutôt que de s’entêter dans une politique du chiffre et des statistiques dont nous demandons le retrait, nous devrions beaucoup plus nous arrêter sur l’action sociale et la protection des mineurs. Si il y a bien des chiffres que nous devrions discuter, à condition qu’ils nous soient fournis, c’est ceux de la protection de l’enfance tant au niveau judiciaire, qu’administratif et du soin.

Combien d’actions en milieu éducatif ouvert ? Combien de placement en famille d’accueil ? Combien d’action éducative à domicile ? Quelle est la situation des centres médico-psychologique pour enfants et adolescent ? Parlons de l’asphyxie programmée des parquets et du manque de juges pour enfants. Et que dire de l’état des services de la protection judiciaire de l’enfance démantelés par la droite.

La priorité pour nous, c’est bien évidement de lancer un plan d’urgence pour les jeunes majeurs. Ils sont les plus exposés à la délinquance et les premières victimes. Un certain nombre d’entre eux sont dans la plus grande précarité dès leur passage à la majorité, n’ayant pas droit ou accès aux dispositifs de droit commun comme le RSA ou des allocations chômage. Certains jeunes majeurs sortant des dispositifs de l’ASE, de la PJJ ou des dispositifs du SPIP, sont sans soutien familial, sans formation. Un bon nombre d’entre eux vivent aujourd’hui à la rue, à la merci de tous les dangers. C’est pour ces raisons que nous vous proposons d’impulser un plan d’urgence pours les jeunes majeurs, et d’interpeller le gouvernement pour mettre en place le dispositif « garantie jeunes » à Paris dans les plus brefs délais.

Madame la Maire, comme je vous sais sensible à Michel Foucault, je vous invite à relire un discours qu’il a prononcé à un meeting "vérité et justice, 1500 grenoblois accusent" le 24 novembre 1972 au stade de glace de Grenoble suite à un incendie dans une discothèque qui avait coûté la vie à 146 jeunes, dans lequel il dit "qu’il y a partout du vol, mais du vol dont les jeunes sont victimes ... alors que l’on ne vienne pas nous parler de la délinquance générale des jeunes, mais qu’on nous parle plutôt, qu’on interroge plutôt la délinquance généralisée à l’égard des jeunes".

Publié le

20 mars 2015

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