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Les préconisations du rapport Zinsou sur la création d’une fondation pour la mémoire de l’esclavage doivent être respectées

Raphaëlle Primet présente le voeu dans lequel les élu-es demandent que le projet actuel porté par la fondation LVMH soit suspendu et que les préconisations du rapport de Lionel Zinsou soient respectées.

Retrouvez son intervention

Mes cher-es collègues,

Mohamed ASSAOUI, auteur de "l’Affaire de l’esclave Furcy" nous rappelle que l’histoire de l’esclavage est une histoire sans archives. Il dénonce le silence. Joseph Furcy était un esclave réunionnais connu pour le procès qu’il intenta contre son dit propriétaire comme on disait alors. Le procès durera 26 ans, mais il recouvrera sa liberté.
Ce que dit notamment cette œuvre poignante, c’est que la liberté d’un homme opprimé passe aussi par la reconnaissance de son histoire personnelle dans la grande histoire mondiale.

Nous le savons, se souvenir est fondateur d’un avenir meilleur. Se souvenir, c’est permettre de ne pas commettre les mêmes erreurs, c’est comprendre une histoire pour mieux se situer dans le présent.

François HOLLANDE a annoncé le 10 mai 2016, journée commémorative de l’abolition de l’esclavage, la création d’une fondation pour la mémoire de l’esclavage, de la traite et de ses abolitions à Paris. Je cite les propos de la ministre des outre-mer Ericka BAREIGTS : "Cette future fondation honorerait notre pays et l’inciterait à toujours regarder en face avec lucidité et courage, toutes les pages de son histoire. Elle permettrait à des générations entières de se recueillir devant des histoires volées".
C’est donc, comme l’a rappelé Nicolas BONNET-OULALDJ, Lionel ZINSOU, ancien Premier ministre du Bénin qui a présidé, sur demande du Président de la République Française, cette mission de préfiguration de création de cette fondation.
Celle-ci serait une source de promotion des valeurs de liberté, d’égalité et de tolérance, et permettrait la diffusion de la connaissance de l’esclavage, de la traite, mais aussi du combat des abolitionnistes. Paris ne dispose pas de lieu mémorial de la traite négrière, mais on peut trouver à Paris des lieux tout à fait adaptés pour combler ce manque.
En effet, les recommandations du rapport de Lionel ZINSOU sont claires. Le musée national des arts et traditions et populaires apparaissait comme l’option la plus fonctionnelle.

Or, nous constatons que ce projet qui devait naître d’une concertation entre l’Etat et la Ville Paris n’est plus à l’ordre du jour. Comment passer outre cette annonce, ce rapport, ces recommandations on ne peut plus clairs ? Pourquoi passer outre un projet d’une telle nécessité et d’une telle pertinence ? La société dans laquelle nous vivons est en perte de repères. Il est fondamental que nous puissions nous retrouver sur un projet qui permettra à des millions de Français de comprendre les tenants et les aboutissants de la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité, selon que la loi 2001 dite "Taubira", a permis de le définir.
De plus, nous continuons, sous l’action de ma collègue Hélène BIDARD et des nombreuses associations avec lesquelles elle travaille, à lutter contre l’esclavage moderne qui sévit encore, comme nous l’a durement rappelé le témoignage de Lamiya AJI BACHAR ce matin.

C’est donc bien un enjeu mémoriel tout autant que contemporain. L’esclavage, comme le disait Aimé Césaire, "n’est et ne sera jamais une note à payer mais un devoir d’action". Il souhaitait penser en termes moraux plutôt qu’en termes commerciaux.

Nous demandons donc que l’annonce du Président de la République, ainsi que celle de la Ministre de l’Outre-Mer ne reste pas lettres mortes et soit examinée, comme il se doit, par la Ville en lien avec l’Etat dans les plus brefs délais. Où en est-on de l’étude du lieu et de la réflexion autour de la fondation ? Quel est l’état des discussions engagées ? Le projet actuel de la Fondation Bernard Arnault doit être suspendu pour respecter les recommandations de ce rapport.
Nous demandons donc que l’on nous explique pourquoi tout ceci a été ignoré. Et nous demandons d’étudier ce projet, de respecter une volonté louable de vouloir établir un vrai projet historique, mémoriel, politique et social dans Paris. Nous ne pouvons balayer cette belle idée sans débat, l’ignorer au profit d’un projet imprécis et aux motivations incertaines.

Dernière citation. Je cite à nouveau Aimé Césaire sur le colonialisme : "Savoir que le grand drame historique de l’Afrique a moins été sa mise en contact trop tardive avec le reste du monde que la manière dont ce contact a été opéré. Que c’est au moment où l’Europe est tombée entre les mains des financiers et des capitaines d’industrie les plus dénués de scrupules que l’Europe s’est propagée. Que notre malchance a voulu que ce soit cette Europe-là que nous ayons rencontrée sur notre route et que l’Europe est comptable devant la communauté humaine du plus haut tas de cadavres de l’Histoire."

Je vous remercie.

Publié le

2 avril 2017

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