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Réaffirmer les fondamentaux de la prévention spécialisée

Nicolas Bonnet-Oulaldj est intervenu pour rappeler les fondements de la prévention spécialisée et réclamer son rattachement à la protection de l’enfance. Les élu-es communistes-Front de Gauche s’opposent aux dérives du tout sécuritaire et défendent la prévention spécialisée pour intervenir aux côtés des jeunes en difficulté.

Retrouvez son intervention

Madame la Maire, mes chers collègues,

Dès la présentation de cette délibération sur la prévention spécialisée parisienne, les élu-es communistes-Front de Gauche ont souhaité avoir une expression forte sur le sujet. Il nous semble en effet que les représentations des uns et des autres sur ce qu’est la prévention spécialisée ou plutôt sur ce qu’elle devrait être, ne collent pas toujours forcément à la réalité.

Je commencerais donc par rappeler que la prévention spécialisée est directement rattaché à la protection de l’enfance. C’est-à-dire qu’elle intervient auprès des jeunes, met en place, avec eux, des actions éducatives, les aides à construire des projets d’insertion sociale et économique. Les acteurs de la prévention spécialisée, et il suffit de discuter avec des éducateurs, se réfèrent aujourd’hui encore, et même si elle a maintes fois été modifié, à l’ordonnance de 1945 qui porte sur la délinquance juvénile et qui continue à clairement faire primer l’éducatif sur le répressif.

La prévention spécialisée a tiré de cette base 6 grand principe qui constituent sa doctrine d’action : l’absence de mandat nominatif administratif ou judiciaire, la libre adhésion des publics aux projets qui les concernent, le respect de l’anonymat des jeunes et des familles, le partenariat, la non institutionnalisation des actions et le support associatif.

Ces principes bien sûr ne sont pas immuables, les éducateurs peuvent d’ailleurs s’en éloigner par moment dans leurs pratiques quotidiennes. Mais ces principes nous devons les considérer comme des points d’ancrages à partir desquels nous pouvons mesurer l’ampleur des dérives que l’on a pu observer ces dernières années.
Ces dérives, nous savons d’où elles viennent. Elles partent déjà de cette lame de fond qui traverse la société dans son ensemble, la montée du sentiment d’insécurité couplé à une certaine baisse du seuil de tolérance au moindre écart de comportement par rapport à ce qui est jugé conforme. Le résultat est que nous sommes, en tant qu’élu-es locaux, très sollicité par nos concitoyens sur les problématiques de sécurité et surtout bien plus encore sur ce que l’on appelle la tranquillité publique. Et de ce fait, beaucoup d’élu-es locaux, de conseillers de Paris et d’arrondissement, et surtout de Maires d’arrondissement, cherchent à concentrer leurs efforts sur le maintien de l’ordre public, sur la sécurité au détriment de bien d’autres versants de l’action publique que nous pouvons mener. Et nous voyons bien que tout ce contexte rejaillit sur la prévention spécialisée parisienne.

Je le dis donc clairement, les élu-es communistes-Front de Gauche, de manière générale, ne souhaitent pas accompagner la dérive du tout sécuritaire. Et nous ne souhaitons pas non plus que cette dérive fasse disparaitre la prévention spécialisée, telle que nous la connaissons.

Oui, l’action éducative demande du temps et à notre époque, où l’urgence règne en tout domaine, le temps est un bien rare. Mais n’opposons pas inutilement l’éducation à la sécurité. Certains diront que j’enfonce des portes ouvertes mais je ne peux pas m’empêcher de citer Victor Hugo qui disait « celui qui ouvre une porte d’école, ferme une prison ».

Voilà l’état d’esprit dans lequel les élu-es communistes sont, et voilà pourquoi nous avons demandé dès le début du mois de novembre, le rattachement de la prévention spécialisée à la protection de l’enfance. Car oui, l’exécutif parisien a suivi le glissement et depuis 2009 la prévention spécialisée est rattaché à la délégation à la sécurité. Dans les arrondissements, la pratique est généralisée depuis au moins 2008. De sorte que les clubs de prévention, souvent, ne connaissent même pas l’élu à la jeunesse ou aux affaires sociales de leurs arrondissements. En conséquence, les clubs de prévention peuvent être utilisés à contre-emploi, un tel leur demande d’intervenir pour calmer des jeunes dans la rue, tel autre leur demande de devenir les éclaireurs des forces de police dans les quartiers. Et en définitive, c’est un travail éducatif de fond qui est jeté aux oubliettes.

Alors les choses ont évolué durant le mois de novembre. L’exécutif prévoyait dans un premier temps de réaliser des économies sur la prévention et finalement ce ne sera pas le cas. Je ne sais pas s’il faut s’en réjouir vu le contexte mais c’est en tout cas un signe en direction de la prévention qui nous l’espérons, ne s’arrêtera pas là.

Je vous remercie.

Publié le

18 décembre 2015

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