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La culture ne doit pas être victime des coupes budgétaires imposées à notre ville

Face à la baisse des dotations de l’Etat, Raphaëlle Primet alerte sur les dangers qui pèsent sur la culture. Le financement privé de la culture ne doit pas se substituer au financement public.

Retrouvez son intervention

Mes chers collègues,

Du fait que les communes ont la compétence générale, la Ville de Paris n’a cessé de s’impliquer en matière culturelle. Son budget est d’ailleurs, proportionnellement, bien plus important que celui de l’Etat qui n’est que d’un peu plus de 1 %.

La culture ne doit pas être victime des restrictions budgétaires imposées aux collectivités locales et elle est en danger. L’année 2018 est marquée par une innovation dans les rapports financiers entre l’Etat et les collectivités territoriales les plus importantes. Nous entrons dans une nouvelle ère : celle de la contractualisation entre l’Etat et les collectivités alors que, pourtant, toutes les associations d’élus avaient dit leur désaccord.

Ce que propose l’Etat n’a, en effet, rien d’un contrat. Ce n’est ni plus ni moins qu’une feuille de route qui exige aux collectivités locales 13 milliards d’euros d’économies obligatoires sous peine de sanction financière. Dans un tel contexte, la tentation de réduire ou de renoncer à telle ou telle politique publique est grande ; et bien souvent, ce sont les politiques culturelles qui en sont les premières victimes.

Jack Ralite disait : "La culture, c’est peut-être au moment où ça va le plus mal qu’on en a le plus besoin". Nous saluons donc ce qui nous est exposé dans cette communication qui, en dressant un état des lieux, montre le travail important déjà réalisé, tout en se donnant de nouvelles et belles ambitions. Ce qui manque, comme d’ailleurs dans le Plan "Lire à Paris", ce sont les moyens financiers mobilisés au regard de tous ces objectifs.

Je dirai que ce qui transparaît et qui est en filigrane dans la communication, c’est la volonté, face aux restrictions imposées par l’Etat, d’avoir recours à de nouvelles sources de financement privé.

Vous le savez, notre groupe porte un regard critique sur les partenariats public/privé, les mécénats ou les fondations. Nous les acceptons dans une moindre mesure, en complémentarité du financement public, mais en aucun cas en substitution. Le secteur public doit garder la maîtrise de ses compétences car c’est lui seul qui peut garantir l’égalité d’accès de tous ainsi que la qualité, la diversité, l’indépendance ou encore que le pluralisme soit respecté. Nous serons donc très vigilants à cet égard.

Par ailleurs, nous avons eu un très long et riche débat autour de la Mission "Paris, ville interculturelle", mais qui n’a peut-être pas suffisamment abouti sur des préconisations concrètes car il nous semble que cette dimension, comme celle de la francophonie, manque un peu dans la communication.

Dans un rapport d’activité de 2016, l’Association internationale des maires francophones dont la Maire de Paris est présidente, il est souligné que la francophonie est, surtout dans ce monde en crise, un repère qui porte des messages d’espoir, de paix et d’acceptation de la culture de l’autre. C’est une culture qui se nourrit des mélanges de cultures.

Le Président MACRON a fait de la promotion de la francophonie, entendue dans sa diversité, un axe fort de sa mandature, en défendant une langue monde, une langue archipel. Et pourtant, nous avons porté avec plusieurs élus la nécessité que le théâtre du Tarmac reste dans le 20e arrondissement, dans un premier temps parce qu’il s’est ancré dans un territoire symbole des diversités culturelles et dans un deuxième temps parce qu’il a fait de la francophonie une définition plurilinguistique en promouvant des artistes venus de tous les pays du monde et particulièrement d’Afrique subsaharienne. Nous ne souhaitons pas l’opposer au travail du Théâtre Ouvert indispensable dans sa mission de découverte de nouvelles écritures.

C’est pourquoi nous demandons, à travers un vœu, que la Ville intervienne pour qu’il puisse être installé dans la salle Louis Jouvet. Ce n’est d’ailleurs qu’une possibilité. Nous ne sommes pas arc-boutés sur ce lieu en particulier, mais il faudra en trouver un.

Monsieur JULLIARD, avez-vous des nouvelles ? Les choses avancent-elles depuis notre vœu du mois de mars ? J’espère que vous aurez des annonces à nous faire.

Paris est une capitale mondiale culturelle. Il en va aussi des enjeux internationaux de visibilité de sa langue. On ne peut confondre langue et territoires. La francophonie n’est pas une langue hexagonale en raison de son histoire coloniale et migratoire. Elle est devenue la langue de différents pays.

Paris est une des rares villes où les salles de cinéma proposent des films en français. Des réalisateurs comme Ettore Scola ou Idrissa Ouédraogo l’ont souligné à plusieurs reprises, rappelant que le cinéma local est essentiel à la production, finalement, de ce qui est universel ; et cela, nous devons le préserver.

Dans un autre domaine, nous regrettons l’abandon de la Parisienne de la Photographie, de la richesse de son patrimoine, de ses savoir-faire et des compétences de ses salariés.

Venons-en au Plan "Lire à Paris". Je dois d’abord saluer son existence et remercier les services pour ce travail de qualité. Le livre est un des outils le plus pertinent pour permettre la démocratisation et l’accès à la culture. Ce rapport vient après celui d’ORSENNA, paru en février dernier, qui est loin d’être révolutionnaire puisque nombre de préconisations sont déjà mises en pratique à Paris.

Le point principal est l’ouverture des bibliothèques le dimanche, avec une enveloppe de 8 millions d’euros accordés dans le cadre de la dotation globale de décentralisation. L’ouverture du dimanche serait donc l’alpha et l’oméga de nos politiques culturelles dans les bibliothèques, soit !

Vous le savez, nous n’étions pas favorables à celles-ci, mais puisqu’elles ont lieu, il faut qu’elles puissent se faire dans de bonnes conditions pour les usagers, avec un service proposé d’aussi bonne qualité que les autres jours ; et pour les agents, avec les compensations et primes à la hauteur, mais aussi les moyens humains suffisants. Huit recrutements ont été faits. Le compte n’y est pas. Il faut aller plus loin, sans utiliser le tour de passe-passe que constituent les redéploiements.

Ne souhaitons pas que les médiathèques ouvertes le dimanche soient le paravent ou la vitrine sur laquelle tous les moyens seraient mis au détriment d’autres équipements de proximité.

Sur la question des salles de travail pour les étudiants, nous avons déposé un vœu non rattaché que je vous présenterai plus tard et qui permettrait de régler cette question.

Je le disais tout à l’heure : de belles ambitions sans moyens ne permettront pas les avancées souhaitées. Nous avons vu les 3 millions d’euros de budget participatif qui viennent au secours de la modernisation de nos bibliothèques ainsi que la signature du contrat territoire-lecture avec l’Etat qui donnera des moyens supplémentaires, mais ce ne sera sans doute pas suffisant, d’autant que l’on attend beaucoup de nos bibliothécaires, avec le développement des "bibliothèques hors les murs", ce que nous approuvons, mais encore les missions sociales pour toucher des publics éloignés comme les migrants ou les missions pour réduire la fracture numérique.

Le plan prévoit beaucoup de formations ainsi qu’un travail de réflexion sur les évolutions du métier. C’est essentiel et nous y serons très attentifs.

Il y a quelques jours, nous avons appris la privatisation des services de ménage, qui vont être confiés à un sous-traitant pour au moins 17 bibliothèques. Des personnels des bibliothèques n’ont pas été prévenus en amont ; ils sont scandalisés et ils seront d’ailleurs en grève vendredi pour soutenir leurs collègues. La cohérence des équipes englobe ces agents de la propreté qui concourent à l’obtention du label "QualiParis".

Je suis intervenue ici de nombreuses fois sur ces questions de la sous-traitance dans le nettoyage. Vous le savez comme moi, ces entreprises ne respectent aucune clause sociale et traitent mal leurs salariés. Comment pouvons-nous encore avoir recours à ces exploiteurs ?

Pour finir, si des travaux participatifs ont pu être menés avec les habitants et le Conseil parisien de la jeunesse afin d’analyser les besoins et les types de fréquentation, nous manquons de données. Il nous semble qu’une analyse approfondie, quantitative et surtout qualitative des besoins des habitants au sein des différents arrondissements et quartiers reste à faire.

Je vous remercie.

Publié le

4 mai 2018

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