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La culture au service du progrès de la justice et de l’humanité

A l’occasion de la communication de la Maire de Paris sur la culture, Nicolas Bonnet Oulaldj rappelle l’importance de cette dernière dans la construction de la paix.

Retrouvez son intervention

Madame la Maire, mes chers collègues,

Dans les jours qui ont suivi les attentats terroristes de "Charlie Hebdo" et de l’Hyper Cacher de Vincennes, puis ceux du Bataclan qui ont frappé Paris, la culture comme l’éducation ont été brandies comme l’étendard face à la barbarie. Une réaction nécessaire et salutaire : la culture est effectivement ce refuge contre la barbarie, qui préserve et défend la part d’humanité que nous portons. Nous l’avons encore vu. Cette barbarie est présente ce matin avec l’hommage rendu au gendarme Beltrame et à Mireille Knoll. Cette communication est donc la bienvenue et nous partageons l’ambition et les objectifs fixés.

La culture, c’est d’abord et avant tout du lien. Roland GORI, psychanalyste et créateur du mouvement "L’appel des appels", nous dit : "La culture, c’est ce qui relie les êtres humains entre eux par leur œuvre, leur production, leur manière de sentir, d’éprouver, de dire, de faire". Le lien au monde et le lien à l’autre, si semblables et si différents. Un lien qui, parce qu’il fait immédiatement sens et parce qu’il incarne dans une émotion, une rencontre singulière avec une œuvre ou un artiste éphémère et non reproductible, s’oppose frontalement à la conception libérale où la concurrence, la rentabilité, la standardisation et la consommation tiennent haut le pavé.

Toutefois, la culture, ce n’est pas que du lien, c’est aussi une arme, une arme de paix et d’émancipation. Paul Vaillant-Couturier, en 1936, lors d’un discours qui se veut un appel en faveur des états généraux de l’intelligence française dira : "C’est à esprit qu’il faut faire confiance pour résoudre les problèmes de paix, de liberté et du pain des hommes.

Vous comprendrez donc, mes chers collègues, que lorsque certains ont fait le choix de la sécurité et de l’état d’urgence, nous avons fait le choix de la culture.

Aujourd’hui, dans un contexte général d’austérité, sous la pression d’une idéologie marchande qui s’est infiltrée partout, l’art est lui aussi devenu un produit culturel de masse. On consomme de la culture. On parle d’industries culturelles, d’objectifs, de rentabilité, de poids économique de la culture.

Il faut donc un vrai courage politique, Madame la Maire, pour soutenir une autre approche de la culture et de la création ; affirmer qu’elle se rattache à notre passé et ouvre des perspectives sur notre futur dans le même mouvement ; affirmer qu’elle est un prolongement naturel de l’éducation et plus précisément encore de la formation du sujet et de la constitution de la collectivité ; affirmer qu’elle est un des rares espaces de pensée et de liberté où la société peut se réfléchir librement en dehors justement des contraintes propres au monde économique et même parfois au monde politique.

Pour nous, la culture est au cœur de notre projet politique qui vise au plus près du progrès de la justice et de l’humanité. Nous appelons à une refondation du service public de l’art et de la culture en réaffirmant la responsabilité de l’Etat. C’est d’ailleurs en ce sens que nous soutenons l’appel de Montreuil pour des états généraux de la culture, lancé en janvier dernier.

Nous devons mettre un coup d’arrêt au processus de marchandisation du service public de la culture, une culture toujours menacée par les directives européennes et les accords de libre-échange. N’oublions jamais que c’est à Paris qu’a été portée la mobilisation contre les accords Blum-Byrnes en 1948, qui avait pour objectif de défendre la place du cinéma français.

Nous affirmons également le lien étroit qui doit exister entre le soutien à la création et l’appropriation sociale et citoyenne des œuvres et des pratiques culturelles. Cela passe par la refondation de l’éducation artistique à l’école et de l’éducation populaire, et dans la cité et à l’entreprise.

Face à l’emprise des industries culturelles sur l’ensemble du champ artistique, littéraire et médiatique, nous demandons la mise en place des régulations qui s’imposent.

Vous l’avez compris, notre vision en matière de politique culturelle, c’est d’opposer au modèle dominant le soutien à la richesse de la création, le soutien à sa liberté et à son ouverture à toutes et tous.

Education populaire, formation à l’esprit critique, médiation et transmission, rencontres et échanges avec les artistes, autant de leviers à mettre en œuvre pour élever le niveau de conscience de nos concitoyens, et les rendre aptes à appréhender les enjeux de notre monde et leur donner les moyens d’agir, sinon de conquérir, au moins de leurs désirs, leurs combats, leurs croyances et leurs convictions. Plus encore qu’un devoir social, il s’agit là d’une nécessité démocratique.

Récemment, dans le Manifeste des œuvriers, Roland GORI, Bernard LUBAT et Charles SILVESTRE appellent à remettre les femmes et les hommes à l’œuvre, au cœur des activités de production et de la création pour lutter contre la normalisation technocratique et financière. Ces œuvriers existent à Paris, ils sont là. Ce sont eux qui fabriquent Paris, des artisans d’art, des artistes, des intellectuels.

C’est tout le sens aussi de notre politique, notre volonté de relocaliser la fabrication à Paris, de valoriser le "Fabriqué à Paris", de valoriser les métiers d’art.

Je voudrais aussi évoquer une autre œuvre qui n’est pas tellement évoquée, mais abordée dans cette communication, et Bruno JULLIARD était présent le 14 novembre 2010 aux EPSiliades et a pu entendre ces conclusions des professeurs d’EPS qui disaient : Les activités physiques et sportives sont des œuvres et constituent un champ culturel incontestable, au sens où l’on parle de la poésie du roman, du théâtre, des sciences et des langues.

C’est à ce titre qu’elles sont dignes d’être transmises, enseignées parce qu’elles sont porteuses de valeurs intrinsèquement éducatives. Les activités physiques et sportives sont des activités profondément humaines parce qu’elles mobilisent la totalité des êtres qui s’y adonnent.

L’ambition d’une culture sportive pour toutes et tous repose sur un enseignement de qualité ne se réduisant pas à l’animation sans contenu ni à une éducation physique eugéniste ayant comme unique visée la santé ou un discours moral centré sur des valeurs. L’enjeu est bien l’appropriation de son corps, de son espace, du mouvement, des techniques, de son environnement et de techniques appropriées au corps.

L’organisation par notre Ville des Jeux Olympiques et Paralympiques en 2024 nous offre une opportunité formidable pour développer la culture sportive pour toutes et tous à Paris.

Tout cela ne fait que renforcer notre soutien à l’Olympiade Culturelle qui se tiendra quatre ans durant, qui débutera au lendemain des Jeux Olympiques et Paralympiques de Tokyo et s’achèvera à la fin des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris. Quatre ans pour faire rayonner l’art et la culture, quatre ans pour exposer notre vision de la culture et sa place dans la société, quatre ans pour construire les ponts entre Paris et sa banlieue, quatre ans pour construire une entité culturelle forte de la Métropole du Grand Paris.

Vous l’avez compris, l’Olympiade Culturelle est sans doute l’une des plus grandes manifestations culturelles à venir sur notre territoire. Nous souhaitons faire de ces Jeux Olympiques et Paralympiques un événement populaire. Voilà un moyen d’impliquer, dès maintenant, les populations dans cette formidable aventure.

Je vous remercie.

Publié le

4 mai 2018

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