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Vidéosurveillance : inefficace et liberticide

Le groupe communiste-Front de Gauche a voté contre l’extension de la vidéo surveillance à Paris. Dans son argumentaire Nicolas Bonnet s’est appuyé sur le rapport de deux chercheurs spécialisés qui ont pointé le fait que la délinquance augmente plus vite dans les zones sous surveillance.

Retrouvez l’intervention de Nicolas Bonnet Oulaldj

Madame la Maire,
Mes cher-es collègues,

Vous ne serez pas surpris par la constance de notre position sur la « vidéo surveillance », improprement dénommée « vidéo protection ».
Depuis le début de cet engouement nous avons marqué notre opposition. Si nous avons été convaincus par l’installation d’un tel dispositif dans les lieux clos : métro parking etc. Nous restons pour le moins circonspect quant à l’utilité d’une massification de ce système.

Premièrement depuis le début de ces installations c’est 154 millions d’euros d’investissement pour les collectivités qui se sont équipées. Il y a désormais plus de 40 000 caméras qui quadrillent l’espace public sans compter les caméras que les particuliers installent sans réellement de contrôle. Il est vrai plus en banlieue ou en province qu’à Paris.

Dans le même temps sous l’ère Sarkozy, point culminant de la propagande pro caméra, ce sont 9 000 policiers en tenue qui n’ont pas été remplacés à leur départ en retraite, même si depuis l’hémorragie est arrêté on est loin d’avoir retrouvé les effectifs ante.

Bilan : transfert de dépenses de sécurité, de l’État, vers les collectivités locales, le fonds interministériel de prévention de la délinquance n’intervenant que pour 15% du montant de l’investissement, du moins dans notre capitale. Bilan moins de policiers formés et compétant sur la voie publique et incitation au recours de forces supplétives comme les polices municipales ou des agents de sécurité.

Outre le fait que comme l’a encore souligné le programme télévision de France 2 « cash investigation » il n’y a aucune évaluation récente du dispositif le dernier rapport date du ministère Guéant date de 2009. Je vous conseille de lire le rapport critique qui en est fait par Messieurs Le Goff et Heilman deux chercheurs spécialisés, je la tiens à votre disposition, n’ayant pas le temps ici de vous la détailler.

Je ne garderai que cet item : si on lit bien ce rapport la délinquance augmente plus vite dans les zones sous surveillance que dans les villes non dotées.

Nous pensons donc que la dépense ne se justifie pas. Et nous voterons contre cette délibération. Nous avons ici aussi, après des années de résistance, cédé aux sirènes de la « caméra mania » et de fait nous renonçons peu à peu à revendiquer une police de proximité, bien insérée dans la vie de nos quartiers, qui est le seul moyen durable de faire reculer la petite délinquance par une dissuasion efficace.

Les caméras sont utiles dans le cas d’élucidation nous dit on ? 1312 fois elles ont servi dans le cadre d’une enquête judiciaire. Mais on se garde bien de mettre en regard le nombre d’instructions ouvertes. Ce qui montrerait leur faible sollicitation.
Enfin Madame la Maire, comme je vous le suggérai dans mon intervention sur vos projets de réforme du territoire parisien, je vous demande de mettre dans la liste des dossiers à re transférer à l’État le coût total de l’installation des nouvelles caméras qui vont peser pour 5 millions d’euros dans les finances de la ville même si nous n’avons pas à payer leur maintenance.

Voilà une recette toute trouvée. Ce qui ne nous empêchera pas, même si vous obteniez cette « gratuité », de nous opposer à l’élargissement du dispositif comme en son temps mon collègue Ian Brossat au nom du groupe, s’était opposé à leur implantation.

Je vous remercie.

Publié le

5 octobre 2015

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