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Intervention de Jean Noel Aqua sur la laicité

La délibération qui nous est proposée visant à annuler la dette du CFCM et à fixer un loyer symbolique pour l’occupation de ses locaux tente de répondre aux difficultés financières rencontrées par ce conseil. L’aide en nature proposée soulève un certain nombre de questions de principe qui amènent le groupe communiste à s’abstenir sur cette délibération.

Le premier problème concerne le caractère essentiellement national de l’activité du CFCM. L’Etat a voulu créer en 2003 ce conseil afin d’avoir un interlocuteur légitime représentant les musulmans et permettant la bonne organisation de ce culte. Dans ses missions notamment, la formation des imams qui participe pleinement de l’exercice du culte, pour une religion marquée par l’absence de clergé hiérarchique. Si le conseil relève de la dimension nationale, il est nécessaire que ce soit l’Etat qui prenne en charge son bon fonctionnement. Alors même qu’en ces temps d’austérité nous voyons baisser notre dotation financière, alors même que l’austérité se répercute sur certains budgets sociaux, nous sommes plus que sensibles à l’utilisation de l’argent de la ville dans ce qui ne relève pas de ses missions obligatoires.

A la différence d’autres structures où l’Etat se défausse de ses responsabilités, le CFCM n’a pas réellement une action spécifique pour Paris, une action à destination des parisiens. Il s’agit donc d’une structure nationale qui ne relève pas de financements locaux. Il semble par ailleurs que le gouvernement, en lien avec les différentes composantes du CFCM, cherche à modifier le fonctionnement de l’institution. Il serait bien qu’il se penchât à cette occasion sur un financement et un hébergement pérennes.

Le second problème concerne bien évidemment la laïcité. Car il s’agit bel et bien d’une aide, une aide en nature à hauteur de 50.000€, à un organisme organisant non seulement la représentativité mais aussi le bon fonctionnement de la religion musulmane. Pourtant, comme vous le savez, l’article 2 de la loi de séparation des églises et de l’Etat assure que la « République (…) ne subventionne aucun culte ».

Cette séparation et cette neutralité de l’Etat, permettent précisément le vivre ensemble à la base de notre pacte républicain. Le remettre en question pour une religion nous amènerait à la remettre en cause pour toutes et à contester de jure et de facto la séparation entre l’état et les églises. Alors même que des tensions communautaires se font jour sur un terreau de crise et de montée de la haine de l’autre, nous pensons que c’est en respectant la neutralité de l’action publique dans l’esprit de la loi de 1905, que nous garantirons le vivre ensemble auquel nous sommes tant attachés.

Même si cela va de soi pour un parti communiste attaché de tout temps à la lutte contre tous les racismes et à la lutte contre tous les fascismes, notre vote n’a bien sûr rien à voir avec l’instrumentalisation actuelle de la laïcité par certains à droite ou à la droite extrême, qui cachent un racisme inavoué et inavouable derrière une prétendue lutte pour la laïcité. Il s’agit pour nous d’être rigoureux et clairs en la matière : nous serons tout aussi vigilants pour toute aide qui pourrait être soumise à notre assemblée et qui pourrait bénéficier à une religion en particulier.

C’est seulement en assurant la neutralité de notre action envers les religions quelles qu’elles soient, en ne rentrant pas dans des divisions factices, que nous assurerons un vivre ensemble basé sur la tolérance et la liberté de conscience. C’est la base de notre pacte républicain. Il est de notre responsabilité de le faire vivre.

Publié le

14 avril 2015

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