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Intervention de Ian Brossat sur le protocole d’indemnisation de la Ville de Paris avec l’UMP et Jacques Chirac

Intervention de Ian Brossat sur le protocole d’indemnisation de la Ville de Paris avec l’UMP et Jacques Chirac en séance du Conseil de Paris du 28 septembre 2010.

Monsieur le Maire, chers collègues,

  • Introduction

Il fut une époque à Paris, il n’y a pas si longtemps, où la conduite des affaires publiques passait par des zones d’ombres et de profit, et ne répugnait pas aux petits arrangements et au mensonge. Incarnées par Jacques Chirac, ces années ont pris fin en 2001 avec l’élection d’une nouvelle majorité et un changement radical de comportement des élus. L’actuelle municipalité a soutenu la procédure judiciaire visant l’ancien maire, et s’est tout de suite constituée partie civile. Malgré les reports et les délais, la ville a tenu bon, considérant que les Parisiens avaient été lésés et qu’ils entendaient que justice soit faite. Parce que cette époque, où le flou des convictions morales et l’à peu près réglementaire étaient tressés ensemble, est révolue. Ce débat en est à la fois la preuve et la conclusion.

  • Les tours de passe-passe

Cependant, j’entends certains dans cette assemblée, des partenaires, des amis, qui soutiennent que l’enjeu de ce protocole d’indemnisation dépasse largement la réparation matérielle d’un préjudice fait aux Parisiens par leur ancien maire. Qu’il s’agit d’éthique, de morale et de politique. Qu’il s’agit de justice. Et je crois que c’est en effet ce dont il s’agit. Je crois qu’il est bel et bien question de politique, de morale et d’éthique. Et je suis d’accord avec ceux qui nous rappellent que les électeurs se détournent de leurs élus et se méfient d’eux, aujourd’hui. Je suis d’accord avec ceux qui disent que l’exemple donné aujourd’hui au sommet de l’Etat les incite plus que jamais à la défiance, voire à la colère. Tout cela est vrai et indubitable. Les errements des ministres, la rhétorique contradictoire, pour ne pas dire plus, d’un Président de la République plus partial que jamais, tout cela aura des conséquences importances, et creuse un fossé toujours plus profond entre le peuple et ses représentants. Le déficit de crédibilité est terrible et sans appel. Ce n’est pas un hasard si le protocole d’indemnisation dont nous parlons a fait tant parler de lui dans la presse – et interroge un certain nombre de Parisiens. L’ère est au soupçon, et cela n’a rien d’anormal car les blessures de la confiance sont à peines refermées dans notre ville.

Depuis plusieurs semaines cependant, c’est un tintamarre de déclarations définitives et d’exclamations outragées que nous entendons. Alors que, et je veux le rappeler ici, ce protocole d’indemnisation n’a rien d’illégal et rien d’illégitime. Il est tout à fait courant dans les affaires de ce type, et la ville y a déjà eu recours pour d’autres affaires. Il ne représente en aucun cas un arrangement avec Jacques Chirac puisque la principale conséquence de ce que certains appellent à tort un « accord » est d’affirmer pour la première fois la culpabilité de l’ancien maire. Car payer, c’est avouer. Grâce à ce protocole, la ville obtient ses aveux. C’est un pas considérable. C’est un pas en direction de la justice. C’est la victoire de tous ceux qui se battent depuis des années pour atteindre cet objectif.

Ce tintamarre est en réalité un tour de passe-passe. Tout d’abord, il veut faire croire que les vessies sont des lanternes, et que les aveux sont un arrangement. Il trace un signe d’égalité grotesque et risible entre un maire et un autre, entre Jacques Chirac et Bertrand Delanoë. Celui qui s’est constitué partie civile, celui qui mit fin, avec sa majorité, au système des passe-droits, des prébendes et des avantages de toute nature est quasiment au banc des accusés. Que certains à gauche tentent ainsi de faire passer Bertrand Delanoë et Jacques Chirac pour larrons en foire, c’est aussi faux que ridicule et absurde. Mais le tour de passe ne s’arrête pas là.

La suite est plus impressionnante encore. Alors que le printemps bruissait de mille révélations consternantes concernant les intérêts très particuliers de certains ministres et responsables de l’UMP, les uns et les autres ont connu un spectaculaire répit à la fin de l’été. Ce gouvernement s’apprêtait à brader les retraites des Français, à remettre en cause les acquis de dizaines d’années de luttes sociales. Et voilà que pour une petite semaine d’exposition médiatique, certains n’ont pas hésité à bien étrangement employer leur énergie de retour de vacances.

Nous aurions pu, nous aurions dû marcher côte à côte, unis et à l’unisson, à l’avant des cortèges, les jours de grèves. Mais non, nous n’étions pas ensemble, car certains avaient mieux à faire. Ils avaient d’autres revendications, à porter sur du vide. Je le regrette. Nous ne sommes jamais trop nombreux pour mener ces combats.

Nous avons même entendu une femme de gauche (paraît-il) que certains voient déjà comme candidate à l’élection présidentielle, s’inquiéter des contributions des adhérents de l’UMP. Ceux-ci, selon elle, auraient été victimes d’un abus de confiance. Défendre l’argent de Liliane Bettencourt. Est-il bien utilisé ? Ce tour de passe-passe n’est pas non plus le moins spectaculaire. On attend toujours, d’ailleurs, que la même future candidate à l’élection présidentielle, qui ne rate jamais l’occasion de faire la leçon aux uns et aux autres, bouge le petit orteil pour défendre les retraites des salariés de notre pays. Mais il est vrai que chacun occupe son temps comme il l’entend et choisit ses priorités comme bon lui semble.

  • Le populisme et la démagogie

Et pourtant, malgré l’évidence de ces tours de passe-passe, un certain nombre de voix s’élèvent toujours pour contester la valeur et l’opportunité de ce protocole d’indemnisation. A la fin de l’été, ces voix se sont faites insistantes.

Dans ce moment qui est le nôtre, un moment de défiance populaire, parfois de dégoût, je veux mettre en garde certains de nos amis contre le risque qu’ils prennent. Un risque qui nous menace tous et qu’il nous faudrait affronter ensemble. Un risque qui porte un nom : le poujadisme. Entonner ce refrain du « tous pourris », c’est offrir à la droite, aujourd’hui empêtrée dans les affaires, le plus beau cadeau qu’elle puisse imaginer. Cette droite qui ne rêve même plus de faire croire qu’elle est honnête. Cette droite qui ne cherche même plus à faire croire qu’elle est plus honnête que la gauche. Cette droite qui rêve seulement de faire croire que la gauche est aussi malhonnête qu’elle. Rendre ce service à la droite aujourd’hui, c’est non seulement marquer un but contre son camp, mais c’est surtout faire insulte à la vérité.

C’est la même logique qui conduit certains de nos collègues de la majorité à faire croire que tous ceux qui comptent voter en faveur de ce protocole seraient contaminés. Jacques Chirac serait le Diable, et ce protocole d’indemnisation serait son pacte. Il n’y a rien de plus faux et il n’y a rien de plus dangereux.

Rappelons le une bonne fois pour toutes : le procès de l’ancien Maire de Paris aura bien lieu. Le fait que la ville se constitue ou pas, demeure ou pas partie civile, n’a rien à voir. En droit français, la partie civile est subordonnée à l’action du parquet. La partie civile se constitue au regard d’un préjudice et d’une indemnisation qu’elle demande. Ce n’est pas elle qui conduit un procès. Ce n’est pas elle non plus qui argumente un réquisitoire. Elle n’argumente que son préjudice.

Non seulement la municipalité obtient la somme qu’il convient de rendre aux Parisiens, mais en plus elle leur offre des aveux, une justice, une vérité. Et c’est bien là l’essentiel.

En votant ce protocole d’indemnisation, notre groupe sait pertinemment où il va. Il sait ce qu’il est, quels sont ses adversaires et qui sont ses alliés. Il dit que justice doit être rendue et sera rendue. Et pour conclure, puisqu’il est question d’éthique et que certains n’ont que ce mot à la bouche, je me dis que l’éthique en politique, c’est peut-être de considérer que tous les coups ne sont pas permis.

Je vous remercie.

Publié le

30 novembre 2010

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