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Intervention de Ian Brossat sur les conservatoires municipaux

Monsieur le Maire, chers collègues,

Les conservatoires parisiens représentent un enseignement partagé, exigeant mais public, ouvert à tous, avec ou sans formation musicale préalable. La délibération qui nous est proposée aujourd’hui propose la réforme de leurs tarifs à l’année – une réforme bienvenue.

Car, à l’examen, on se rend compte que la moitié des élèves de ces conservatoires viennent de familles aisées, relevant des deux tranches supérieures du quotient familial. Pour les trois quarts de la huitième, la plus élevée – dans la continuité d’un phénomène connu : les enfants de la bourgeoisie parisienne ont toujours eu un accès privilégié à la musique.

Cette situation doit nous faire réfléchir. Cela rappelle aussi la difficulté pour certaines familles de consacrer du temps et de l’argent à la pratique d’un instrument – quand l’un et l’autre manquent. Et ce raisonnement vaut pour la danse ou pour l’art dramatique, également enseignés dans nos conservatoires.

En ce sens, la réforme de la grille tarifaire proposée par la ville va dans le bon sens. Comme pour les cantines, elle s’appuie sur l’idée d’une plus grande justice sociale : faire payer moins ceux qui ont moins.

Faciliter l’apprentissage d’un instrument pour les enfants issus de familles qui gagnent moins de 1152 euros par mois. Demander un vrai effort supplémentaire à celles dont les revenus excèdent 5700 euros mensuels. Aller dans le sens d’une plus grande égalité d’accès, car la culture et les loisirs sont des droits. Pourtant, s’il s’agit d’un premier pas.

Car nous le savons tous, ici, une part du problème nous échappe, et échappe surtout à cette réforme. Le principal objectif en ce qui concerne les conservatoires, c’est d’en ouvrir plus, c’est de permettre à plus de Parisiens, petits ou grands, de s’y rendre. Je veux saluer ici les efforts qui sont fait par la municipalité. En ouvrant d’ici la fin de cette mandature trois nouveaux conservatoires, dans les 12e, 17e et 18e arrondissements, en rénovant également celui des Halles, ce sont trois mille élèves supplémentaires qui seront accueillis. Là aussi, il s’agit d’une excellente nouvelle qui reçoit toute l’approbation du Groupe communiste et élus du parti de gauche.

Pourtant, l’équation est plus subtile encore. Car elle ne résout pas, toujours pas, le déficit de démocratisation de cet enseignement en conservatoire à Paris.

Les conservatoires municipaux dispensent des savoirs et des pratiques d’une rare qualité, reconnus par tous.

Mais il n’empêche. La faible représentation d’enfants issus des milieux les plus populaires doit nous faire réfléchir. Nous inciter à trouver de nouvelles formules, de nouvelles manières de rééquilibrer les choses. Alors réformer les tarifs, oui, mais ne peut-on faire mieux ?

Parlons des tarifs, justement. Ou plus exactement parlons des grilles, parlons des tranches. Si l’on examine les solutions proposées par d’autres villes, notamment en Ile-de-France, on constate que d’autres pistes sont envisagées. A Nanterre, que voit-on, par exemple ? Qu’au lieu des huit tranches proposées par la grille parisienne, il y en existe trente. Dont une vingtaine proposent des tarifs inférieurs aux plus bas d’entre les nôtres. Seize euros quarante pour la première – contre soixante-douze, après réforme pour Paris.

Je devine ce qu’on peut objecter : la démographie et la sociologie de Nanterre ne sont pas les nôtres. Certes. Et quand bien même, cela n’invalide pas l’idée d’une multiplication des tranches. Pour être plus précis, pour être plus juste. Pour éviter des effets de seuil, notamment pour les classes moyennes, qui n’ont pas forcément un pouvoir d’achat infiniment extensible.

Et surtout, prenons le contre-pied. Car si l’on parle de sociologie et de démographie parisienne, la huitième tranche de notre quotient familial me semble un peu vague. Un peu rapide. Notre tarif le plus élevé, de l’ordre de 500 euros par an, s’applique en effet aux foyers cumulant plus de 7500 euros de revenus mensuels. Donc, même participation pour ceux qui gagnent 7600 euros, 10 000 ou 12 000.

C’est pour cette raison que le Groupe communiste et élus du parti de gauche approuve la réforme des tarifs. C’est pour la même raison que nous pensons qu’en termes de justice sociale, on peut encore aller plus loin.

Je vous remercie

Publié le

17 mai 2011

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