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Intervention de Didier le Reste sur le budget spécial de la Préfecture de Police

Intervention en séance du conseil de Paris des 15, 16, 17 et 18 décembre 2014

Madame la Maire,
Monsieur le Préfet,
Mes cher-eres collègues,

D’entrée je voudrais dire qu’il aurait été bien de disposer en amont des éléments que vous venez de développer, Monsieur le Préfet.

Il est de tradition, vous ne m’en voudrez pas Monsieur le Préfet, de toujours demander à la collectivité de faire plus quand le Ministère de rattachement, en l’occurrence le Ministère de l’intérieur, lui a tendance à « oublier » ses obligations.

Cette fois ci le budget de la ville de Paris réduit symboliquement son enveloppe, sans que celle-ci ne gêne par trop le fonctionnement de la Préfecture. Mais vous comprendrez, alors que l’on demande des efforts aux parisiennes et aux parisiens, du fait de la réduction des dotations, il n’est pas aberrant de voir ces efforts d’économies partagés y compris par la Préfecture de Police.

A ce sujet, j’ai relevé qu’à contrario de ce qu’a dit Mr Goujon, dans le contre budget présenté par l’UMP, je cite « sur la contribution de Paris à la Préfecture de Police, sur ce point, le contre budget est en accord avec les orientations données par la Maire de Paris… ».

J’ai pu constater à la lecture de votre communication que ceci allait entre autre toucher la Brigade des Sapeurs-Pompiers en particulier cette réduction de la voilure allait retarder les investissements sur le territoire dont elle a la charge.

Je sais combien la population parisienne et nous-mêmes sommes attachés à la brigade des sapeurs-pompiers de Paris et il est souhaitable de pouvoir les prochaines années reprendre un rythme normal d’investissement. Mais en revanche, sur la question des personnels eux-mêmes, elle est de la responsabilité du Ministère de la Défense et c’est à lui de pourvoir en moyens humains suffisant et formés ce corps exceptionnel de l’armée française.

D’ailleurs si vous me le permettez j’interviendrai pour une autre catégorie de personnels ce sont les Agents de surveillance de Paris. Leur régime indemnitaire a pris effet le 1 er janvier 2014, il est depuis lors aligné sur celui des autres personnels de la Préfecture de Police. Pourtant il semble que l’on refuse à ces agents l’avancement d’échelons à la durée minimale ? Vous avez été interpellé par une organisation syndicale, en l’occurrence la CGT, et j’aurais aimé vous entendre à ce sujet.

Je comprends l’exaspération de ces agents qui sont souvent victimes de l’ire des automobilistes qui, malheureusement, ont bien peu de respect pour leur travail. L’annonce que leur régime indemnitaire soit transformé « en prime au rendement » les heurte. Ils craignent que l’attitude des contrevenants ne redouble d’agressivité surtout si le tarif des amendes augmente.

Il est indispensable que ces personnels qui dépendent à la fois de la Préfecture de Police et de la Mairie de Paris voient leurs droits stabilisés. Nous comptons sur notre collègue, Colombe Brossel pour faire avancer ce dossier.

Je n’ai par contre ni lu, ni vu que ces agents souhaitent voir leurs missions modifiées et je ne crois pas que le vœu de Monsieur Goujon réponde aux attentes des personnels. Ils ne sont en rien des supplétifs de la Police au sens ou Monsieur Goujon les décrit mais bien des agents qui font appliquer les décisions de Police du maire même si à Paris elles sont exercées par la Préfecture. De l’amende à la fourrière, je dirai, qu’il n’y a qu’un pas.

Je souhaiterai à l’occasion du vote de ce budget de la Préfecture de Police revenir un instant sur la question des fourrières et plus particulièrement de la possibilité de sa remunicipalisation.

A plusieurs reprises ces dernières années des voitures ont été enlevées à Paris alors que des enfants se trouvaient à l’intérieur. Les vitres étaient teintées certes, et les enfants endormis ou trop jeunes ne pouvaient pas toujours se signaler, mais cela nous interroge néanmoins sur les pratiques à mettre en œuvre pour éviter ce type d’incident.

A chaque fois des enquêtes administratives ont été lancées par la Préfecture, ce qui est une bonne chose mais ce qui n’exclu pas une réflexion plus globale sur le mode de gestion le plus pertinent pour gérer cette tâche.

Par ailleurs, je tiens à revenir sur l’idée d’une remunicipalisation des fourrières dans l’objectif d’en faire baisser le coût pour les usagers. Par le biais de vœux déposés en juillet, dernier, je suis d’ailleurs ravi de voir que l’UMP estime aujourd’hui que la remise en régie municipale d’une activité peut s’avérer plus efficace qu’une gestion déléguée.

Ceci étant dit, mes chers collègues, vous n’êtes pas sans savoir que l’augmentation des tarifs prévue pour le moins de janvier et demandée au gouvernement, vient combler le financement d’une activité qui est structurellement déficitaire.

J’espère donc votre demande de remunicipalisation de ce service, n’est pas liée à une volonté de faire supporter à la ville le coût d’une activité peu rémunératrice. Pour être cohérente votre volonté de remunicipalisation devrait s’étendre à d’autres activités comme le ramassage des ordures ménagères. Faute de quoi votre objectif serait de socialiser les pertes et de privatiser les profits !

Si votre volonté était celle-ci, cela reviendrait à faire peser sur la collectivité, et donc sur les générations futures, les coûts d’activités les moins rentables pour laisser les profits aller aux mains d’intérêts privés de court terme.

Mais revenons, non pas au budget, mais à l’activité de la Police sur le territoire parisien.

Qu’est ce qui a réellement changé depuis deux ans ?

Depuis l’arrivée des 332 policiers de plus sur notre territoire le rythme cette année semble moins soutenu, même si j’ai pu comprendre qu’il y avait des évolutions. Pourtant la demande de sécurité reste importante et si d’autres interventions d’agents publics comme les GPIS ont porté leurs fruits, il n’en reste pas moins que la répartition des forces de police à Paris reste problématique. Les quartiers de l’est sont sous dotés par rapport aux quartiers de l’ouest, à forte fréquentation touristique.
Je sais que certains, y compris ici, veulent que Paris soigne son image et que « le touriste chinois » devient le mètre étalon de toute politique publique. Pour notre part nous pensons que ce sont les parisiennes et les parisiens qui doivent être prioritaires. Les renforts de Police pour les moments de forte affluence touristique doivent être des renforts ponctuels et ne pas peser sur les effectifs des commissariats de quartier.
Sur la question des expulsions des sans-papiers, la logique que le Ministère vous demande d’appliquer est toujours la même.

Nous n’avons pas vu arriver de nouvelles zones de sécurité de proximité sur notre territoire depuis l’instauration de celles des 18ème, 19ème et du 20 ème arrondissement.

Je connais une partie de votre réponse Monsieur le Préfet, on vous en demande toujours plus et vos moyens ne suivent pas l’augmentation de cette demande. Mais si certains ont la solution clé en main : créer une police municipale ou confier à des agents de la ville voire aux ASP d’autres missions que la verbalisation. Cette réponse n’est pas la bonne. Nous pensons que la Police est et doit rester nationale et que toutes les villes qui ont mis en place des polices municipales, s’aperçoivent qu’il s’agit d’une dépense sans fin et que les réponses sont toujours insatisfaisantes.
Oui plus de policiers, mais surtout le retour d’une police de proximité dissuasive et préventive, une police qui fait corps avec le corps social dans lequel elle est plongée. Une police qui suscite la confiance des citoyens et qui se sent bien parmi eux.
Est-ce un doux rêve ? Je ne le crois pas. En tous cas cela vaudra cent fois mieux que la création d’un dispositif « voisins citoyens » que réclame la droite et qui n’est jamais que la légalisation de la délation.

La confiance je le disais à l’instant est la meilleure alliée du policier et si elle existe c’est chaque citoyen qui se sent responsable, pas besoin de nommer des chefs d’ilots pour cela. On a vu en d’autres temps et en d’autres lieux ce à quoi cela a pu servir.

Pour conclure vous ne comprendriez pas que je ne vous demande pas quand et combien de femmes victimes d’exploiteurs et de mafieux vont voir leur situation régularisée. La lutte des femmes du « 57 boulevard de Strasbourg » dans le 10ème arrondissement est exemplaire. C’est parce qu’elles ont confiance en la justice, en la République qu’elles ont pu lutter. Sachons les accompagner, les entendre, elles ont pris des risques importants. Nous ne pouvons les laisser choir !

Nous attendons aussi la réponse que le Ministre de l’Intérieur va faire à madame la Maire et aux Présidents des groupes de la majorité qui l’ont interpellé sur la régularisation de 500 familles parisiennes qui attendent depuis des années dans cette « zone grise », puisqu’inexpulsables et irrégularisables au vu des circulaires en vigueur.

J’ai conscience d’avoir posé un certains nombres de questions, mais il est normal que l’une des préoccupations essentielles des parisiens, à savoir la sécurité aie des réponses concrètes de celui qui en a principalement la charge.

Nous voterons le budget de la Préfecture de police.

Je vous remercie.

Publié le

16 décembre 2014

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