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Intervention d’Hélène Bidard sur le Budget Spécial de la Préfecture de Police de Paris

Monsieur le Maire, Monsieur le Préfet, chers collègues,

Année après année, le fossé se creuse toujours plus entre les souhaits de ce Conseil de Paris en termes de sécurité et de prévention – et une politique gouvernementale qui ne sait que surveiller et punir. Or nous savons tous, l’insécurité et la délinquance reflètent d’abord une misère sociale et économique.

Chaque année, le budget de la Préfecture de Police est l’occasion d’une acrobatie politique, économique et idéologique – qui, certes, pousse à réfléchir, mais qui met parfois mal à l’aise. Jusqu’en 2009, le groupe communiste avait voté ce budget, satisfait par ses grandes lignes et sa détermination, mais en exprimant son inquiétude de voir le grand écart toujours plus formidable entre la politique sécuritaire du gouvernement d’une part, et notre vision de la ville, d’autre part. Un grand écart gênant, en l’occurrence, lorsqu’il s’agit de la Préfecture de Police puisqu’elle est censée être à la rencontre de ces deux logiques et qu’elle symbolise, en fait et de plus en plus, le fossé qui les sépare.

Cette année, nous vous le disons encore, Monsieur le Préfet, mais nous ne pouvons pas nous taire. D’autant plus que nous sommes tout particulièrement attachés à la sécurité des Parisiens, qui est un droit – d’autant plus important pour les plus fragiles et dans les quartiers les plus populaires. Le régime d’exception qui caractérise la Préfecture de Police de Paris veut que les élus Parisiens votent et débattent, alors qu’ils n’ont pas les moyens d’influer sur la politique mise en oeuvre. Donc, nous débattrons – et nous voterons, après avoir bien dit tout ce qui nous gène, et toute notre conception de la ville et de la sécurité.

Nous souhaitons une ville pour tous. Une ville où tous les Parisiens se sentent à la fois libres et en sécurité. L’action de la Préfecture de Police est de permettre cette liberté, au moins autant que d’organiser la sécurité de tous.

Pourtant, nous avons d’un côté, la logique d’un gouvernement à bout d’arguments et indifférent à la question sociale, qui ne souhaite pas autre chose qu’une ville morte, une ville taiseuse et intolérante, une ville vidée de ses plus pauvres et de ses exclus. Et de l’autre, notre conception de la ville, où tous les habitants trouvent leur place, une ville qui accueille la mixité sociale comme une chance, une ville qui va au-devant des plus faibles, qui secourt les plus fragiles et les exclus. Paris est faite de tous ses habitants, quels qu’ils soient, les privilégiés comme les autres, les jeunes comme les moins jeunes, les hommes comme les femmes, ceux qui ont des papiers comme ceux qui n’en ont pas. Notre préoccupation à l’égard de ces derniers est toujours aussi aiguë, et vous avez la responsabilité de l’examen des dossiers de ces hommes et de ses femmes qui travaillent dans l’ombre de la ville, dans des conditions parfois très pénibles. Depuis plusieurs années, je veux déplorer que les élus voient passer beaucoup de dossiers de régularisation – et qu’aucun argument ne semble plus trouver grâce à vos yeux. Ni les contrats de travail, ni les enfants scolarisés, ni l’ancienneté de la présence en France, ni une indéniable intégration. Ces Parisiens n’en sont pas à l’aulne de la politique nauséabonde d’un certain gouvernement. En ce qui nous concerne, ce sont des Parisiens comme les autres.

Les habitants de notre Ville ont droit à la sécurité, nous en convenons tout à fait. Nous le revendiquons. Et je me souviens que lors de nos débats sur la vidéosurveillance, il y a quelques années, le Groupe Communiste et élus du Parti de Gauche a insisté sur la présence humaine et sur le besoin d’un maintien des effectifs policiers dans la capitale. Car ce ne sont pas des caméras qui pourront faire le travail de prévention et de dialogue indispensable à la garantie de l’ordre public parisien. Je me souviens que vous avez toujours, dans la droite ligne du gouvernement, nié que la vidéosurveillance soit un signe d’une future diminution du nombre de policiers. De même en ce qui concerne les compétences étendues de la Préfecture de Police quant au Grand Paris. De même encore lorsqu’il s’agissait de fermer des antennes de police administrative ou des commissariats. Non, on ne baissera pas le nombre de fonctionnaires de police. Quelques années plus tard, nous n’avons qu’un seul constat à faire : on le baisse. 400 postes en moins. 399, si l’on veut être exact. Une baisse qu’il faut inscrire dans la logique dévastatrice de la Révision Générale des Politiques Publiques – qui touche donc tous les services.

En tant que conseillers de Paris, nous votons une dotation financière de la Ville de Paris qui participe de manière très importante à assurer les salaires des fonctionnaires. Comment expliquer aux Parisiens, alors que cette dotation augmente, mais qu’il y a moins de policiers dans les rues pour les accompagner ? Comment que leur expliquer, alors la Ville proteste, que depuis quelques temps, la priorité de vos services semble être plutôt de mettre en œuvre des arrêtés anti-mendicités indignes dans l’ouest parisien plutôt que d’assurer la sécurité dans les quartiers populaires ? On savait que la droite n’aimait pas les pauvres et qu’elle n’aimait pas les voir. On constate désormais qu’au lieu de combattre la pauvreté, ce qu’elle a, depuis longtemps abandonné, elle combat littéralement les plus défavorisés. Et désormais, au moment de voter ce budget, nous avons tous ici en tête que c’est ce genre d’action qui est décidée, sans compter les amalgames nauséabonds et sordides sur lesquels je ne reviendrai pas. La période qui s’ouvre, électorale, me fait dire que 2012 sera, comme à chaque fois, l’occasion pour la droite de se distinguer par le pire en la matière.

Car, au lieu de traquer les plus fragiles, nous aurions aimé que la Préfecture de Police montre le même enthousiasme dans la lutte contre les discriminations, les violences faites aux femmes ou les violences homophobes qui se multiplient. Nous aurions aimé qu’elle participe avec nous au rééquilibrage entre l’est et l’ouest de Paris, à la lutte contre les inégalités, à la lutte contre une insécurité qui n’est pas simplement l’insécurité des rues, mais l’insécurité de tous, une insécurité sociale qu’entretient notamment la crise, mais aussi le gouvernement quand il persiste dans sa politique d’injustice sociale.

Malheureusement, signe des temps électoraux qui s’annoncent, les propositions récentes des élus de la droite municipale n’incitent pas à l’optimisme. Nos collègues de l’UMP et du Nouveau Centre, Monsieur le Préfet, auront certainement des mots beaucoup plus tendres pour vous, je le concède. Emboîtant le pas à la politique gouvernementale, en effet, et après avoir déposé un vœu sordide contre une aire d’accueil pour les Gens du Voyage qu’elle aurait voulu voir disparaître du Bois de Vincennes, au nom de la biodiversité, elle dépose à ce Conseil de Paris un nouveau vœu « relatif à l’extension des zones interdites à la mendicité », qui considère que « la présence de personnes sans domicile fixe d’origine étrangère se multiplie dans les rues de Paris ». La droite municipale confirme donc les nouvelles priorités de la Préfecture de Police. Et toujours à ce Conseil, je ne résiste pas à citer cet autre vœu, déposé par le Maire du 15e arrondissement, qui demande que « le Maire de Paris demande aux bailleurs sociaux d’étudier l’implantation de caméras dans les parties communes des ensembles immobiliers qui le nécessitent ». Le tout en n’hésitant pas à affirmer l’efficacité de la vidéosurveillance – une efficacité démentie par toutes les études, mais qu’importe : l’important, c’est de le dire, même si cela ne convainc plus personne. Le maire du 15e arrondissement, encore, qui se multiplie, demande par un autre vœu, avec un art du mélange des genre saisissant, que le « Maire de Paris affecte le budget initialement prévu pour les salles de shoot aux Contrats Locaux de Sécurité afin de favoriser le recul de la délinquance à Paris ». Oui, l’opposition municipale applaudira probablement plus que la majorité au moment du vote de ce budget. Cela souligne encore mieux ce fossé qui s’élargit entre nos convictions et les actions mises en œuvre par la Préfecture de Police, entre la nécessité de voter pour un budget important qui garantit la sécurité des Parisiens et l’utilisation qui est faite de cette dotation financière.

Les fonctionnaires de la Préfecture de Police accomplissent un travail difficile, Monsieur le Préfet. Je veux rendre hommage aux policiers, mais aussi aux pompiers, et à tous les autres agents, qui tentent de servir au mieux les Parisiens malgré un éparpillement terrible de leurs missions, des priorités absconses et des conditions de travail de plus en plus difficile. Les décisions du gouvernement, les agitations sécuritaires de la droite nationale et municipale, les directions politiques imprimées à vos services, bien évidemment, ils n’y sont pour rien. Le groupe Communiste et élus du Parti de Gauche est convaincu que la démocratie, c’est aussi le contrôle des uns par les autres, le contrôle d’une institution par une autre, d’un pouvoir par un autre. Si nous nous contentons de penser qu’il n’est pas possible de voter contre le budget spécial ou de s’abstenir, c’est ce contrôle que nous abandonnons – aussi mince, aussi dérisoire soit-il dans les faits. C’est pour cette raison qu’en conscience, nous nous abstiendrons, en espérant qu’à la faveur des élections prévues en 2012, les choses changent. Enfin.

Je vous remercie.

Publié le

13 décembre 2011

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