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Intervention d’Hélène Bidard sur la jeunesse à Paris

Intervention d’Hélène Bidard sur la jeunesse à Paris en séance du Conseil de Paris du 28 septembre 2010.

Monsieur le Maire, chers collègues,

Cette communication sur la Jeunesse ne manque pas de le souligner, la catégorie "jeunes" n’existe pas en soi et les 16-25 traversent des situations tout à fait diverses. Ceci étant, les chiffres -et notamment ceux cités dans la communication- nous rappellent combien ce moment de passage à une vie d’adulte, devient de plus en plus difficile, pour un grand nombre à l’heure actuelle.

Un sondage CSA paru la semaine dernière, au moment de la journée de grève pour les Retraites, a évalué à 74% la part des 18-25 ans opposés à la réforme menée actuellement par le gouvernement. Et nous avons pu constater par nous-mêmes que les jeunes Parisiennes et Parisiens étaient très présents lors de la dernière manifestation interprofessionnelle sur cette question. Avec un taux de chômage de 25%, ils font face à une pauvreté qui, selon l’INSEE, touche un million et demi de jeunes dans notre pays, c’est à dire 50% de plus que le reste de la population. C’est une réalité : les jeunes Parisiens entrent tard sur le marché du travail, et pour un salaire près de trois fois moins élevé que celui de leurs aînés.

Face à ce constat alarmant, la réponse du gouvernement consiste à pénaliser plus encore les jeunes. Réduction du nombre d’enseignants, de médecins scolaires, d’éducateurs ou encore de conseillers d’orientation. Allongement du nombre d’années de cotisations et blocage du marché du travail. Ou encore, en lieu et place d’une politique de formation et d’accès à l’emploi, il programme la suppression des allocations familiales aux parents "jugés" démissionnaires, et dont le seul crime, bien souvent, est de manquer cruellement de ressources. Dans ce contexte, notre Ville a un devoir d’exemplarité, et en particularité en matière sociale pour l’aide aux jeunes en difficulté. Les centres sociaux remplissent en cela un travail considérable, et de nombreux jeunes parisiens accèdent à l’activité grâce à eux. Les réponses que ces centres apportent aux questions sociales posées par les habitants de notre Ville sont précieuses et contribuent à la facilitation du passage, pour les jeunes, à l’âge adulte. Je sais l’engagement de notre municipalité en termes de création de nouveaux centres sociaux, mais je ne peux m’empêcher de penser que nous devons rester très vigilants quant à leurs moyens de fonctionnement. Il faudrait aller plus loin encore pour être à la hauteur des besoins de la population parisienne.

Deux problématiques majeures correspondent aux difficultés rencontrées par les jeunes de notre ville, dans leur passage à l’autonomie : l’accès au travail, et l’accès au logement.

Pour favoriser l’accès des jeunes à l’emploi, il est indispensable de soutenir le travail des Missions Locales. Face à l’augmentation du chômage des jeunes à Paris, les Missions Locales ne doivent pas être mises en difficulté, et pour cela, leurs moyens doivent augmenter en proportion. C’est pourquoi, en décembre dernier, à l’occasion de la délibération sur le budget primitif, le Groupe Communiste et élus du Parti de Gauche avait manifesté son soutien le plus vif aux Missions Locales, et le Conseil de Paris avait approuvé un amendement revalorisant la participation municipale à leur budget.

Il me paraît utile d’insister sur les très bonnes performances des Missions locales, comme le reconnaît d’ailleurs l’Inspection générale des Finances dans le rapport qu’elle a rendu en juillet dernier aux ministres en charge du Budget et de l’Emploi. Ceux-là feraient bien de s’en inspirer et de renoncer à la baisse des moyens de l’Etat aux Missions locales annoncées par le gouvernement il y a quelques semaines. Ce rapport souligne en outre que ces très bonnes performances sont obtenues pour des coûts très raisonnables, de l’ordre de 417 euros par jeune contre, contre, par exemple, un minimum de 3 600 euros par jeune pour le dispositif gouvernemental, aussi inefficace que ruineux, du « contrat d’autonomie » de Fadela Amara.

Bien entendu, je renouvelle ici la ferme opposition de mon Groupe à tout recours à des entreprises privées de placement direct dans l’emploi et je souligne l’analyse du rapport de l’Inspection générale des Finances qui lie directement les performances des Missions locales à leur « objectif d’accompagnement global des jeunes (emploi, formation, logement, santé, mobilité, culture, sport) ». Ces dimensions essentielles à l’insertion réussie et durable des jeunes sont bien entendu ignorées par les entreprises d’interim, qui n’ont pour objectif que le profit. Comme nous le disions lors du débat portant sur le PDI en avril dernier, en confiant 70 jeunes éloignés de l’emploi à une entreprise privée, nous offrons les plus fragiles aux plus cupides. Je signale à cet égard à notre assemblée que l’Autorité de la concurrence vient d’infliger une amende record de près de 100 millions d’euros à Manpower, Adecco et Vedior, notamment pour ententes illicites. Il est pour nous inconcevable que notre collectivité confie l’avenir professionnel de ses jeunes à ces individus !

Si les Missions Locales doivent évoluer et être réorganisées, il est indispensable qu’elles le soient en concertation. Je souhaite à cet égard formuler quelques attentes de notre Groupe. D’abord, il nous semble important de mieux associer en amont les représentants du personnel à la conduite de ce projet ; qui s’interrogent sur les changements de leurs statuts et de leurs missions. De fortes interrogations perdurent également quant à la forme que prendra cette nouvelle organisation des Missions locales parisiennes, en particulier quel type de gouvernance sera mis en place. Et au cœur de cette question de la gouvernance, il y a la définition du projet associatif qui sera mis en œuvre par cette nouvelle structure. Une nouvelle organisation n’a de sens que si elle est sert une ambition associative, un projet. Celui-ci ne doit pas être autre que de servir plus efficacement à l’insertion durable des jeunes, avant toute autre considération d’ordre économique.

En matière d’insertion, bien entendu, l’accès au logement reste un paramètre incontournable. L’action de notre majorité dans ce domaine est particulièrement volontariste : 3 800 logements sociaux étudiants ont été créés à Paris depuis 2001, et 4 000 autres verront le jour avant le fin de cette mandature. Ce développement du logement public offre à des milliers de jeunes une chance qu’ils ne trouvent pas souvent dans le parc privé, en leur permettant de se loger en ville à des prix accessibles. De plus, nous allons désormais ouvrir le dispositif « Louez Solidaire » aux jeunes en recherche de logement. Car, non seulement la spéculation immobilière empêche l’accès au logement, mais les garanties parallèles demandées constituent un second obstacle et une véritable discrimination socio-économique. Enfin, parce que la jeunesse n’est pas, je l’ai dit, épargnée par la misère et l’exclusion, nous soutenons la construction prochaine d’un nouveau centre d’hébergement spécifiquement dédié aux jeunes sans-abri.

Encore une fois, nous sommes obligés de pallier à l’incurie de l’Etat, dont nous constatons chaque jour les conséquences dramatiques pour la jeunesse. C’est en cela que la Ville remplit son rôle : nous préférons miser sur la jeunesse plutôt que la combattre.

Je vous remercie.

Publié le

1er décembre 2010

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