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Intervention d’Emmanuelle Becker sur l’urgence sociale (Conseil Parisien de la Jeunesse)

Monsieur le Maire, Mes chers collègues,

Malheureusement, je ne peux que partager le constat effrayant dressé par le Conseil Parisien de la Jeunesse. Et je ne peux pas m’en satisfaire. Plus que d’autres catégories de la population, nous venons de l’entendre, les jeunes sont touchés de plein fouet par la crise. Par le chômage et par la précarité. Par les difficultés d’accès au logement. Par les difficultés d’accès à la santé.

Les chiffres, évoqués dans la communication du CPJ, parlent - douloureusement - d’eux mêmes : 28,9 % des personnes isolées hébergées par le SAMU social en 2009 avait moins de 30 ans ; 13, 4 % moins de 25 ans. Le taux de chômage des jeunes parisiens est en constante augmentation (+ 38 % depuis deux ans), et 16 % d’entre eux vivent désormais sous le seuil de pauvreté. Bref, ces indicateurs, en constante hausse depuis 1999, ne font que souligner, encore une fois, ce que tous les intervenants parisiens de l’urgence sociale connaissent déjà : une explosion criante de la misère des 18 – 25 ans.

Ces situations que vivent de plus en plus des jeunes ne sont pourtant pas le fruit d’un malheureux hasard, ce n’est pas qu’un « mal du temps ». Nous l’évoquions lors de notre dernière séance, le gouvernement en porte la responsabilité. En supprimant les subventions du Secours Populaire, celle de l’aide alimentaire, celle du SAMU social, en bloquant, avec sa politique destinée aux plus riches, l’accès au travail et au logement, en détruisant consciencieusement l’hôpital public, en broyant l’école et en vendant l’université, il organise une véritable crise humanitaire, voire, comme vient de le dénoncer Médecin du Monde, un « crash sanitaire » pour les jeunes les plus démunis.

Mais le malaise des jeunes parisiens n’est qu’un symptôme. Le symptôme d’un mal qui ronge la société française toute entière depuis plusieurs années. L’addition d’une crise économique et d’une crise morale. Le résultat d’une politique et d’un affichage, la conséquence du matraquage de valeurs indignes : l’injustice, l’inégalité, la loi du plus fort, le mépris de l’école et de la culture, la haine du service public, le culte de l’argent. Pour le dire autrement : ou la droite n’aime pas les jeunes, ou elle s’en moque complètement. Ce qui revient au même.

J’entends déjà nos collègues de l’UMP s’exclamer encore qu’il est « trop facile de tout mettre sur le dos du gouvernement ». Crier au jeu du ping-pong, le fameux « c’est pas moi, c’est l’autre », qui – je vous l’accorde – ne peut avoir qu’un temps, face à l’urgence. Mais la Ville de Paris agit, elle, au contraire du gouvernement qui ne sait que supprimer, abandonner et démanteler. La rallonge accordée au SAMU Social en est la preuve. Elle doit faire plus, néanmoins.

Et je tiens à saluer les propositions faites par le CPJ, et, notamment, celle qui concerne la Mission locale. Je suis déjà intervenue plusieurs fois sur ce sujet, pour obtenir l’augmentation de sa subvention, la participation de deux représentant du CPJ, ainsi qu’une meilleure reconnaissance du travail des personnels de la mission. Je continuerais à me battre pour que celle-ci accueille tous les jeunes sans distinctions et qu’elle soit dotée de moyens supplémentaires en personnels, notamment en psychologues. Je crois par ailleurs que les problématiques liées à la jeunesse sont insuffisamment prises en compte par les différentes structures présentes à Paris – comme le relève d’ailleurs la CPJ. Il faut que Paris étudie la possibilité, notamment pour les contextes qui relèvent de l’urgence sociale, d’aider à la création d’une ou de plusieurs structures d’aide dédiées.

Cependant, d’autres pistes, comme la préservation et le développement des centres de santé parisiens, sont également à explorer pour répondre à cette urgence sociale. Et à celle des jeunes en particulier, plus touchés que les autres par les inégalités d’accès à la santé, mais aussi à l’alimentation ou au logement. Plus largement, Il est temps de redonner des perspectives d’avenir aux jeunes en réaffirmant le CDI comme norme de contrat de travail, en favorisant leur insertion professionnelle, et surtout en luttant contre les contrats précaires qui sont, pour beaucoup d’entre eux, devenus un sas presque naturel, de plusieurs années, avant le monde du travail. A ce titre, d’ailleurs, je crois qu’il serait bon d’organiser dans le plus court délai possible des Etats Généraux de la Précarité. Le phénomène est trop important, touche trop massivement la jeunesse parisienne, pour que la Ville ne s’en saisisse pas.

Pour conclure, je voudrais rappeler la formule de Pierre Bourdieu : « La jeunesse n’est qu’un mot ». C’est vrai : celle de Neuilly n’a pas grand-chose à craindre. Mais, dans sa grande majorité, elle souffre. En sacrifiant ainsi les conditions de vie des plus jeunes, on sacrifie, faut-il le souligner, l’avenir de notre pays.

Je vous remercie.

Publié le

19 octobre 2011

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