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Intervention d’Emmanuelle Becker sur les subventions aux crèches confessionnelles

Intervention en séance du Conseil de Paris du 8 juillet 2013.

Monsieur le Maire, mes chers collègues,

Ce n’est pas la première fois que le Groupe Communiste et élus du Parti de gauche doit intervenir dans cette assemblée sur la question de crèches qui ne respectent pas la laïcité. Avant toute chose, je souhaiterais préciser notre position. Nous n’éprouvons aucune difficulté vis-à-vis de la liberté de culte. Nous n’avons d’ailleurs aucun problème avec l’appartenance religieuse, parfois affichée, de certains établissements.

En revanche, nous sommes extrêmement attachés au principe de laïcité, inscrit dans le 1er article de la constitution.

Nous sommes conscient du besoin criant de places en crèches dans notre ville. Nous pensons précisément que ce besoin répond à une attente de service public. L’accueil de la petite enfance devrait, à ce titre, être exercé par le service public et la pénurie de place ne saurait justifier une baisse de nos exigences.

Il ne s’agit pas ici de crier « à bas la calotte » pour obéir à un quelconque folklore anticlérical. Que les choses soient claires : nous parlons d’associations qui s’engagent ouvertement contre le mariage pour tous, à l’image de l’Association Familiale Catholique, que vous nous proposez de subventionner à hauteur de 277 000 € dans les 14ème, 15ème et 16ème arrondissements. Cette association mène actuellement plusieurs campagnes, notamment contre la « théorie du genre » ou pour le droit des maires à refuser de célébrer des mariages de personnes de même sexe.

Et qu’on ne se trompe pas, confier les petits parisiens à ce type d’associations pose un véritable problème.

- Un problème pour les familles, quand ces associations ferment les crèches le vendredi pour shabbat, comme c’est le cas avec l’association Gan Yossef dans le 20ème.

- Un problème pour les enfants, quand des crèches sont affiliées au Beth Loubavitch qui prétend éduquer les enfants « dès la naissance » sous la « protection divine », spécifiant que des textes sacrés doivent être placés dans le berceau des enfants car, je cite : « tout ce qu’un bébé voit ou entend affectera sa personnalité par la suite. Ainsi la première chose que le bébé verra sera un texte saint. »

- Un problème pour les parents, quand des associations se fixent pour objectif la promotion du mariage, comme ces le cas pour l’association familiale catholique de Saint Honoré d’Eylau.

A ce titre, nous avons noté dans les annexes aux conventions d’objectifs avec les associations gestionnaires d’établissements de la petite enfance, un avis de l’Observatoire parisien de la Laïcité. Nous en approuvons l’ensemble des recommandations.

La liberté de conscience et de culte doit être absolument respectée, sans discrimination aucune, en particulier fondée sur l’appartenance religieuse. Dans le même temps, et de façon complémentaire, les associations gérant les établissements subventionnés doivent accueillir les enfants sans aucune distinction de genre ou d’origine. Elles ne doivent en aucun cas utiliser ces structures pour exercer du prosélytisme auprès des enfants ou de leurs familles, et s’interdire toute forme de ségrégation entre garçons et filles.

De la même façon, le recrutement du personnel doit être fait en plein respect de la laïcité, et seuls les critères pertinents pour l’activité de l’établissement doivent être avancés.

Tant que nous n’aurons pas les éléments formels certifiant que tous ces critères de laïcité sont respectés, le Groupe Communiste et élus du Parti de gauche refusera de voter ces délibérations. Il ne s’agit pas, bien entendu, de refuser les subventions à des associations, même affiliées à une croyance religieuse, qui respectent la laïcité. Celles-ci relèvent de la liberté de culte que nous défendons.

Nous attendons donc, Monsieur le Maire, un engagement ferme. Les établissements confessionnels qui ne respectent pas la laïcité ne sont pas compatibles avec les institutions républicaines, nous ne voterons donc pas leur financement public.

Je vous remercie.

Publié le

8 juillet 2013

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