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Hommage à Jacques Chirac

Au nom des communistes parisiens, Nicolas Bonnet Oulaldj rend hommage à Jacques Chirac.

Hommage à Jacques Chirac.
Prononcé par Nicolas Bonnet Oulaldj
Conseil de Paris 1er Octobre 2019.

Madame la Maire, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Monsieur le Préfet, Mes chers collègues, Mesdames et Messieurs.

Au nom des élus communistes, je voudrais d’abord transmettre toutes mes condoléances à la famille de Jacques Chirac, à ses proches et à sa famille politique, Le Maire de Paris, Président de la République.

Avec la disparition de Jacques Chirac, le Maire de Paris, le Président de la République, nous pleurons chacun une part de nous qui disparait.

Nous parlons dans ce moment particulier, cet entre-deux, où la polémique n’a pas sa place puisque le protagoniste n’est plus là pour se défendre et où l’historien n’a pas encore commencé son travail.

Je suis né la vielle de l’élection de Valéry Giscard D’Estaing en 1974, mais mon engagement politique s’est forgé sous la Présidence de Jacques Chirac, j’oserai même dire, en ce moment solennel contre Jacques Chirac.

Oui je crois que je peux l’évoquer car Jacques Chirac était de ces hommes politiques qui avaient du respect pour ses adversaires. Et nous retiendrons de lui son profond respect et son écoute pour les adversaires politiques que nous étions.

Il y a peut-être une part du destin du jeune Jacques CHIRAC qui a hésité, fort peu longtemps, à rejoindre les communistes après avoir signé l’appel de Stockholm. Il avouera lui-même en 1993 avoir vendu l’Humanité Dimanche, et avoir participé à une réunion de cellule du PCF. Un détour qui construira une légende de gauche alors que tous ses actes et décisions politiques ont toujours été bien à droite.

Les communistes et à fortiori les communistes parisiens ont été ses farouches adversaires. Il faut se souvenir que c’est Henri Fizbin qui lui tint tête aux municipales de 1977, arrivant en tête du premier tour dans le cadre d’une liste de l’union de la gauche. Oui en 1977, Paris aurait pu avoir comme premier Maire, un communiste, mais Paris a eu Jacques Chirac, et Jacques Chirac respectera pour toujours les communistes parisiens.

Il a gardé une affection pour cette autre France, celles des communistes des maquis de la Corrèze et du Limousin, dans lequel était mon grand-père, comme celles des communistes parisiens qui ont participé à la libération de la capitale. Ces femmes et ses hommes qui ont été une part de l’honneur de la France dans ses moments les plus terribles.

Jacques Chirac a eu une relation singulière avec Henri Malberg, l’un de mes plus illustres prédécesseurs. Combien de fois Henri dont la virulence mais aussi l’élégance dans ses attaques contre la politique du Maire de Paris soulevait des broncas du côté droite de l’hémicycle. Jacques Chirac faisait taire ses compagnons tranchant sèchement leurs bavardages par un « Taisez-vous écoutez Monsieur Malberg il est la voix du peuple de Paris. »

Il illustrait cette formule de Malraux constatant un jour l’absence de députés socialiste et centristes au parlement sur un débat sur la culture auquel seuls les communistes et les gaullistes assistaient « Entre vous et nous il n’y a rien. »

Ce petit rien, ce sont nos liens historiques entre gaullistes et communistes qui nous ont unis pendant la résistance, et qui se traduit par un geste symbolique du Maire de Paris qui a maintenu un groupe communiste au Conseil de Paris alors que les communistes ne comptaient que quelques élus.

Cette époque est révolue, mais cette communauté d’intérêt née dans la fièvre de la libération a laissé et laissera des traces.

Et pourtant toute la carrière politique de Jacques Chirac s’est faite dans le combat contre l’alliance « socialo-communiste » comme il le disait lui-même à l’époque. La virulence de la campagne de 1981 peut en témoigner.
L’homme dont nous parlons a sa part d’ombre et de lumière.

C’est l’homme qui a eu la phrase de trop « sur le bruit et les odeurs », mais aussi l’homme de la victoire de la République face à Jean Marie Le Pen.

C’est celui qui a soutenu Simone Veil au moment du débat sur l’IVG alors que sa majorité la combattait outrageusement.

C’est celui qui connaissait admirablement bien l’art et la culture africaine mais qui fréquentait aussi les pires dictateurs.

Nous nous souvenons tous de sa phrase visionnaire sur la crise climatique « la maison brûle et nous regardons ailleurs » mais aussi de la reprise des essais nucléaires à Mururoa.

C’est l’homme qui aura conduit de nombreuses politiques libérales et des privatisations, et nous nous souviendrons des conditions d’abandon de la loi Devaquet qui a coûté la vie à Malik Oussekine, mais aussi de l’abandon du CPE.

Nous n’oublierons pas qu’il savait négocier, et qu’au plus fort des évènements de mai 1968, il conseille au Général De Gaulle « Négociez mon général, il faut s’entendre avec les syndicats », et il fut l’envoyé spécial qui rencontra en secret Henri Krasucki pour sceller les accords de Grenelle.

Ce fut l’homme qui a su enfin reconnaitre la part de la responsabilité de la France dans la déportation des juifs vers les camps de la mort.

L’homme qui a su dire non à la guerre en Irak, celui qui portait haut et fort la voix de la France au Moyen Orient. Convaincu que l’humiliation permanente du peuple palestinien ne pouvait être la voie de résolution de ce conflit.

Enfin, nous avions une passion commune, celle du sport et de l’idéal olympique, défenseur de la candidature de Paris aux Jeux Olympiques et Paralympiques. Nous allons pouvoir tenir sa promesse de nager dans la Seine.
Je le disais en début de mon propos quand le débat politique est franc et sincère il ne peut qu’attirer le respect. Avoir le respect de ses adversaires était une vertu de Jacques Chirac.

L’histoire jugera le rôle de cet homme dont le mot contrasté est peut être la meilleure définition.

Je ne suis ni juge, ni historien, ni témoin direct, je suis simplement la voix de ceux qui l’ont combattu hier mais qui savent aussi ce qu’ils lui doivent.

Au nom de tous les élus communistes qui ont siégé dans son opposition comme Maire de Paris qu’il a été pendant 18 ans et le Président de la République pendant 12 ans.

Il nous laissera en héritage : 3 grandes questions politiques importantes qu’il a pointées : la fracture sociale, la montée de l’extrême droite et la crise climatique. À nous de prendre ces questions au sérieux et d’y répondre au risque de mettre en péril notre République.

Je vous remercie.

Publié le

1er octobre 2019

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