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Hommage à Henri MALBERG

Tout d’abord un mot pour Marine et Zoé, pour ses proches, pour Catherine, l’ensemble des anciens élus qui sont aujourd’hui en tribune, leur dire la peine qui est la nôtre, notre grande tristesse. Bien sûr, tout le monde a côtoyé Henri, a une anecdote, un rapport particulier à Henri.

Henri était le premier secrétaire de la Fédération communiste de Paris de 1979 à 1995. Présidente du groupe communiste au Conseil de Paris de 1989 à 2001, il aura formé de nombreux cadres et dirigeants et élus à Paris du parti communiste.

Henri était indissociablement un dirigeant national et un dirigeant parisien. Il a marqué la vie politique parisienne, il a été de ceux qui ont construit patiemment mais sûrement la victoire de la gauche à Paris, à partir du moment où la capitale a retrouvé le droit d’élire son maire et son Conseil de Paris.

Avec Bertrand DELANOË et Georges SARRE, Henri a dirigé la campagne des élections municipales de 1995 qui a permis le basculement à gauche de six arrondissements.

Henri était un fervent défenseur du slogan : "La main tendue et le poing levé". Et c’était un éternel optimisme pour le parti communiste.
Pierre LAURENT, lors de ses obsèques, disait de lui qu’il était un grand dirigeant communiste incorrigiblement optimiste aussi, même dans les moments les plus durs où il décelait toujours le chemin de l’espoir possible.
Il a toujours eu une haute ambition pour la place des communistes à Paris car il savait que les combats populaires ont toujours fait la grandeur de cette ville et son rayonnement international si particulier. Il aimait nous dire qu’il ne reste que très peu de capitales dans le monde où des élus communistes participent à la gestion. C’est un honneur et une grande responsabilité pour nous de le succéder aujourd’hui sur ces bancs du Conseil de Paris.

D’autant plus que Henri représentait, avec fierté et grande élégance, la classe ouvrière au sein de cet hémicycle. Vous avez rappelé ses origines, Madame la Maire : fils unique de deux Juifs polonais, il était un enfant de Paris, un enfant de Belleville, un ouvrier et aussi un intellectuel. Imaginez aujourd’hui un ouvrier ajusteur fraiseur embauché chez Richard dans le 19e, puis ouvrier à la Société nationale des constructions aéronautique à la Courneuve et à la Somua à Saint-Ouen qui sera en charge, au sein du parti communiste, du secteur des intellectuels et qui deviendra l’un des plus grands dirigeants de notre parti.

Madame la Maire, la maire du 20e arrondissement et plusieurs élus communistes et Vert, ainsi que moi-même soumettons à ce Conseil d’arrondissement un vœu pour qu’un équipement public, une place ou une rue du 20e porte son nom. C’est bien sûr dans ce sens d’un jeune Juif polonais ouvrier, dirigeant et grand élus de Paris.

Je voudrais aussi rappeler que Henri était un grand humaniste et un grand pacifiste. Il a toujours été mobilisé pour la paix dans le monde. En 1949, ils fut condamné à un mois de prison avec sursis pour s’être couché devant des cars de police, place des Fêtes, lors d’une manifestation contre la guerre d’Indochine. En 1950, il était mobilisé au 5e régiment d’infanterie et il continuait à militer contre la guerre en distribuant des tracts et en faisant signer l’Appel de Stockholm contre l’armement nucléaire. Le 28 mai 1952, il fit partie avec Madeleine Vincent et André Voguet d’un triangle dirigeant de la manifestation contre le général Rydgway. De 1952 à 1961, il participa à de nombreuses manifestations contre la Guerre froide, la guerre d’Algérie, contre le putsch d’Alger. A l’automne 1952, il participera à la première délégation française en Chine populaire qui fut reçue par Mao Tsé-Toung.

Au Conseil de Paris, sur ces rangs, Henri mena l’essentiel de ses combats contre la spéculation immobilière, pour la sauvegarde des quartiers populaires en proie à des opérations d’urbanisation, notamment Belleville, place des Fêtes, place d’Italie, et avec une attention particulière pour que Paris puisse sauvegarder son caractère populaire, sa diversité, sa capacité d’intégration d’habitants venus d’horizons divers.
Vous l’avez dit, vous avez évoqué Martine Durlach, mais aussi avec Michel VION, Pierre MANSAT, qui bataillait dur pour la mise en œuvre d’un plan d’urgence de réquisition des logements vacants dans la capitale et la relance de la construction de logements sociaux.

Il nous racontait avec ses mots qui s’opposaient frontalement à l’évolution de Paris vers un centre financier commercial et touristique de standing, avec l’idée, comme il disait lui-même, que Paris devenue Venise ne sera pas la Capitale de la France. Paris ne doit pas devenir un centre spécialisé entouré d’une banlieue servante.

Il luttait aussi activement contre la désindustrialisation et pour le maintien des ouvriers et des artisans au cœur de Paris. D’ailleurs, il m’avait fortement conseillé ces derniers temps, lorsque j’ai présidé la M.I.E. "Fabriquer à Paris", et c’est tout un honneur qu’à ce Conseil, nous puissions attribuer le premier label "Fabriquer à Paris" à ces artisans.
Henri avait permis aussi, lors d’un Conseil, l’ouverture des archives concernant la manifestation du 17 avril 1961 sauvagement réprimée sous ordre de Maurice Papon. Il était très attaché à cette période et notamment aux Algériens qui vivaient à Paris.

En 2000, avec Pierre MANSAT, ils avaient demandé à ce que soient mises en place des mesures spécifiques visant à faciliter l’inscription des personnes sans domicile fixe sur les sites des listes électorales.

Il fut aussi l’un des premiers élus communistes à manifester en tête de la Gay Pride et contre l’homophobie.

Il y a beaucoup d’anecdotes au sein de ce Conseil - je ne pourrai pas toutes les raconter - et des passes d’armes avec la droite, avec certains élus qui siègent ici. Je pense notamment à Jean-François LEGARET qui se rappellera d’une séance, en septembre 2000, où une délibération est soumise au vote du Conseil de Paris pour autoriser le Maire de Paris à déposer plainte contre Pierre ZARKA, directeur de "L’humanité" et contre le journaliste Pierre Laurent pour diffamation publique. Henri a ferraillé dur, s’est battu et au final Jean-François LEGARET a retiré la délibération de l’ordre du jour.

Un jour, un Conseiller de Paris de droite le conspuait et se moquait des élus communistes. Il lui dit : "Retournez-vous, retournez-vous et regardez cette plaque qui est derrière vous, ce sont ces dix communistes qui ont libéré la France et qui sont morts pour la France !"

Jacques CHIRAC avait aussi dit, un jour dans l’hémicycle, alors que Henri était conspué : "Taisez-vous ! Quand Henri parle, c’est le peuple de Paris qui s’exprime." Ce qui a toujours porté Henri Malberg, c’est la force du peuple de Paris. Il nous disait et Edouard-Rémi KELLI(?) l’a dit lors de ses obsèques : "Quand le peuple de Paris pointe de temps en temps son nez, alors tout bouge".

Henri faisait toujours référence à la Commune de Paris, au Front populaire, à la libération, au C.N.R. Autant de conquêtes auxquelles le peuple de Paris s’est mêlé pour le progrès social. Bien sûr, Henri, et vous l’avez évoqué, a été l’un des inspirateurs du travail de mémoire du Conseil de Paris, et Catherine VIEU-CHARIER a porté avec lui beaucoup de dossiers. J’évoquerai surtout, en 1997, avec plusieurs déportés, dont Léon Zyguel, Jo Nisenman et Jacques Grynberg, ainsi que deux enseignants du XXe, Pierre CORDELIER et, à l’époque, Catherine VIEU-CHARIER, il cofonda le comité Tlemcen, dont l’objectif fut de collecter les noms des enfants juifs déportés durant l’occupation. Ce travail a permis l’apposition des plaques commémoratives dans chaque école d’arrondissement et a été prolongé par la création de l’Association pour la mémoire des enfants juifs déportés.

Enfin, Henri devient responsable de la commission Justice et liberté du P.C.F. Il travaille sur les conditions des prisonniers. Il participera à la campagne qui, dans le même temps, se préoccupa du sort des anciens d’Action directe et des indépendantistes basques. Henri portait en lui l’immense espoir de la jeunesse, l’optimisme et l’attachement au parti communiste. Henri a tout donné au parti, mais surtout au peuple de Paris et à son pays. Il a voulu rendre au peuple de la France ce que le peuple lui avait donné en le protégeant, lorsque ses parents et lui avaient été victimes de la barbarie nazie.

Je finirai avec une citation que m’a soufflée Catherine VIEU-CHARIER hier et qui colle très bien à Henri Malberg. C’est une citation de Romain Gary : "Pas une seule goutte de sang français ne coule dans mes veines. Seule la France coule en moi".

Publié le

16 octobre 2017

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