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Genre et espace public : pour égalité une totale

Hervé Bégué intervient sur la question du genre et de l’espace public. Saluant le travail de La Maire et de son adjointe hélène Bidard, il indique qu’il faut désormais s’attaquer aux racines du mal, c’est-à-dire de réfléchir à une égalité totale, une égalité de fait.

Retrouvez son intervention

Monsieur le Maire, chers collègues,

"Pour moi, la femme idéale, c’est la femme corrézienne, celle de l’ancien temps, dure à la peine, qui sert les hommes à table, ne s’assied jamais avec eux et ne parle pas." Ainsi s’exprimait le député de la Corrèze, mais aussi Maire de Paris et futur président de la République. Par ces mots, il symbolisait le regard qu’une partie des hommes ont sur les femmes.

Depuis l’antiquité, voire depuis la période préhistorique, le rôle dévolu aux hommes et aux femmes se veut immuable. Aux hommes, l’espace public, aux femmes, la bonne tenue de la grotte puis de la maison, l’éducation des enfants jusqu’à un certain âge où les garçons seront éduqués et initiés par leur père.

A de rares exceptions près dans le monde, le système patriarcal perdure. Les avancées vers une égalité réelle sont à mettre à l’actif des femmes elles-mêmes et des mouvements féministes nés au XIXe siècle.
N’oublions pas que les Suffragettes anglaises ont été interpellées par la police au motif que les femmes ne devaient pas participer à des manifestations publiques.

Le genre et l’espace public fait l’objet d’études depuis une trentaine d’années. De nombreux chercheurs et de nombreuses chercheuses du monde entier se sont penchés sur cette question, afin de faire reculer le sexisme dans l’espace public.

Si s’attaquer aux formes les plus violentes du sexisme, insultes, agressions, voire viols, fait l’objet d’un consensus assez large, il n’empêche que nous restons dans la réparation. Elle est nécessaire mais pas suffisante.

Il convient désormais de s’attaquer aux racines du mal, c’est-à-dire de réfléchir à une égalité totale, une égalité de fait. Cela passe par la mobilisation des actrices et acteurs publics afin de trouver des solutions pour que reculent les espaces non mixtes et les zones de relégation des femmes.

Il n’y a qu’à se promener dans une ville pour constater que l’espace est genré, non pas par volonté politique, comme cela existe dans certains pays, mais par l’usage et l’habitude.

Des statistiques et des constats évoqués lors du colloque organisé par la Maire de Paris et son adjointe Hélène BIDARD, en 2016, ont permis de repérer ce qu’il fallait faire pour que recule le phénomène d’accès inégal à l’espace public : prise en compte du genre dans l’espace public dans l’appel à projets de réaménagement des places parisiennes, études sur l’utilisation des équipements sportifs de proximité en libre accès, utilisation du mobilier urbain, travail sur les parcours et l’éclairage. De nombreuses pistes concrètes commencent à être mises en pratique dans notre ville.

Pour revenir au plus près de cette délibération, l’aide aux associations qui interviennent spécifiquement dans ce champ est une très bonne chose. Je retiendrai particulièrement les projets de "Womenability" et de "Womanhood", non pas parce que je ne salue pas le travail des autres, mais parce que ces deux structures mènent un travail qui s’appuie sur des constats et des expériences à l’international.

Ce qui démontre bien que ce phénomène n’est pas réservé à la France, il est mondial, comme la prise de conscience qu’il faut changer les choses à tous les niveaux, du global au local.

Alors inscrivons-nous avec enthousiasme dans cette démarche qui nous amènera enfin à passer de l’égalité des droits à l’égalité de fait. Il y a beaucoup de travail, et je souhaite que de plus en plus d’hommes soient acteurs de cette réflexion et des actions concrètes.

Edith MARUEJOULS, chercheuse, répondait récemment à une interview dans "L’Obs" et je conclurai en reprenant ses paroles : "La vraie question est celle aussi de l’émancipation des hommes pour qu’ils aient la possibilité de se positionner différemment. La question du regard masculin est une question de changement, d’évolution de penser qui nécessite une déconstruction de la pensée dominante actuelle."

Alors, Messieurs les Conseillers de Paris, encore un effort. Mesdames les Conseillères, je vous fais confiance. Adoptons unanimement cette délibération. Ce sera un premier pas dans la prise de conscience.

Je vous remercie.

Publié le

6 juin 2018

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