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"Là où les besoins sont les plus importants, l’action publique doit être plus forte "

Durant la mandature, sous l’impulsion de notre camarade Jacques Baudrier, la Ville de Paris investira prioritairement dans les quartiers populaires,en y créant crèches, équipements sportifs et culturels. Nous pouvons nous féliciter de cet engagement fort tout en restant vigilant sur la mise en œuvre de la politique de la Ville qui devra se construire au plus près des préoccupations de la population.

Retrouvez intervention de Fanny Gaillanne

Madame la Maire, mes chers collègues,

Là où les besoins sont les plus importants, l’action publique doit être plus forte d’où la nécessité de ce contrat de ville dont nous débattons ce matin. Il y a des territoires où globalement « on vit bien », et d’autres où se cumulent chômage, précarité, échec scolaire, addictions, problèmes sanitaires graves… auxquels peuvent s’ajouter l’absence de services publics, le manque d’entretien, la laideur du bâti, l’isolement… qui s’abattent sur les mêmes à Paris dans les quartiers populaires. Et c’est aussi dans ces mêmes quartiers que se développent des projets de solidarité, d’éducation populaire. permettez moi ici comme élue du 19ème de prendre pour exemple une association que je connais bien et il en existe des centaines. Permettez moi de saluer l’action et la détermination de l’association « les petits riens » à réduire les fractures culturelles qui existent en fonction de notre lieu de naissance. Nous pensons qu’il faut non seulement une politique de réparation, mais plus encore, une politique de reconnaissance et de développement de ces territoires.

Quelle conception avoir en 2015 de la politique de la Ville ?

-  Pas une somme de subventions à des associations, associations qui subissent souvent les effets désastreux de leur mise en concurrence, voire de leur institutionnalisation.

-  Pas non plus penser la politique de la ville comme un empilement de mesures,
Pour moi, et permettez moi de reprendre ici les mots de ma camarade Martine Durlach, adjointe a la politique de la ville de 2001 à 2008. La politique de la ville doit se concevoir comme un droit à la ville qui conjugue l’humain et l’urbain :

- Prendre en compte l’ humain c’est avoir comme priorité l’éducation, la culture et le sport ; l’emploi et la formation ; la santé.
-  Prendre en compte l’urbain c’est avoir comme priorité l’habitat, le cadre de vie, les transports et la transition énergétique.

Combiner les deux, c’est concevoir qu’une ville ne peut se faire sans ses habitants et leurs usages.

Ainsi, quelles conséquences pouvons nous tirer de la loi Lamy votée en début d’année dernière qui visait à simplifier, à concentrer les moyens et à remettre à plat les modalités de la politique de la ville ?

Sa déclinaison parisienne montre l’effet du critère unique de revenu pour établir la nouvelle cartographie prioritaire :

De 330 000 habitants dans les quartiers prioritaires dans le cadre du CUCS on passe à 150 460. C’est une division par 2

La remise à plat de la géographie prioritaire coïncide également avec la diminution de la dépense publique. La ville de Paris a fait le choix de ne pas répercuter ces baisses sur ses quartiers populaires.

L’Etat s’engage à continuer à financer dans ces quartiers de veille active, les ateliers sociolinguistiques, les postes d’adultes-relais et le dispositif de réussite éducative. Les associations et les publics touchés sont soulagées mais pour combien de temps ?
Dans un contexte de baisse des dotations aux collectivités programmées par le gouvernement, qui équivaut à 600 000 millions d’euros pour Paris, nous pouvons nous demander comment ces engagements vont-ils être tenus ?

Arrêtons nous sur les ateliers sociolinguistiques. Nous en avons déjà parlé lors du dernier conseil de Paris suite à un vœu que nous avons déposé. Nous restons inquiets et souhaitons des engagements pérennes de la part du gouvernement sur la possible limitation aux primo arrivant pour les financements des ASL.

L’apprentissage du français est une responsabilité de l’Etat dans le processus d’intégration et ne peut pas être une variable d’ajustement budgétaire. Ces ateliers doivent être accessibles à toutes celles et tous ceux qui en ont besoin.

Alors oui, mes chers collègues, ce contrat de ville que nous allons, j’espère aujourd’hui adopter, répond à de réelles problématiques que nous connaissons. Mais je ne peux pas conclure mon intervention sans pointer l’absence du gouvernement.
Alors que les taux de chômage ne cessent d’augmenter dans les quartiers populaires, que fait le gouvernement ? Seule une politique nationale ambitieuse et courageuse de croissance économique, dont les investissements publics sont un moteur essentiel pourront enrayer les phénomènes de précarité et de chômage dans nos quartiers. Force est de constater que le gouvernement encore une fois sur un dossier primordial n’est pas au RDV.

Alors que les 3 axes transversaux de ce contrat de ville sont : jeunesse, égalité femme/homme et lutte contre les discriminations, que fait le gouvernement pour contraindre les entreprises à payer de la même manière leurs salariés qu’ils soient une femme ou un homme.

Pour terminer, un mot sur la construction de Paris métropole,
La métropole recèle de grandes richesses de créativité et d’intelligence. Elle est pleine d’avenir. Il est impossible de penser le développement de nos quartiers et l’épanouissement de ses habitants sans vision métropolitaine où chacun peu importe où il a grandit se sent partie prenante d’un même collectif.

En conclusion, j’espère que les bilans que nous tirerons chaque année lors des débats budgétaires de nos actions politiques de la ville permettront d’enrayer les inégalités face au nom de la ville ou du quartier dans lequel nous avons grandi et que ce ne sera plus un frein à notre avenir.

Publié le

20 mars 2015

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