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Didier Le Reste interpelle le Préfet de Police sur la sécurité dans les manifestations

20 semaines que des milliers de personnes défilent dans toute la France.
20 semaines au cours desquelles le gouvernement, après une longue période où la surdité le disputant à l’arrogance, s’est senti dans l’obligation de répondre, en annonçant un certain nombre de mesures le 10 décembre dernier, qui épargnent le grand patronat et le capital mais sollicitent l’impôt et la sécurité sociale.

Retrouvez l’intervention de Didier le Reste

Madame la Maire,
Monsieur Le Prefet,
Mes cher.e.s collègues,

20 semaines que des milliers de personnes défilent dans toute la France.
20 semaines au cours desquelles le gouvernement, après une longue période où la surdité le disputant à l’arrogance, s’est senti dans l’obligation de répondre, en annonçant un certain nombre de mesures le 10 décembre dernier, qui épargnent le grand patronat et le capital mais sollicitent l’impôt et la sécurité sociale.

Puis, un débat national voulu par le Président qui a attiré des dizaines de milliers où personnes qui ont fait des propositions, sans tenir compte d’ailleurs du cadrage voulu par le Président Macron lui-même dans sa lettre aux français.

Pourtant une majorité de français continuent de douter de la volonté présidentielle de répondre à leurs revendications de justice sociale, de pouvoir d’achat et de justice fiscale tant il apparaît que l’amateurisme du gouvernement le dispute à une certaine incompétence, teintée trop souvent d’un mépris de classe !

Car pendant ce temps-là les « réformes » continuent, privatisation d’ADP, nouveau scandale d’État, contrôle accru des chômeurs, réformes de la santé, réforme de la fonction publique, aucune de ces soit disant réformes ne va dans le sens des revendications portées.

Les services publics de proximité ferment, en province mais aussi à Paris : les bureaux de postes, les boutiques SNCF, les agences EDF et de la CAF, les hôpitaux de proximité. Alors que les gilets jaunes comme des organisations syndicales et des élus locaux revendiquent le maintien, le retour de Services Publics de qualité et de proximité.

Le Président Macron est passé maître dans la stratégie d’enfumage et ce, en même temps, il faut que l’impression de changement de ton et de politique garantisse que les intérêts de ceux qu’il défend ne soient pas touchés. Bref que les riches restent riches voire s’enrichissent encore plus et que les autres se serrent la ceinture et surtout qu’ils soient solidaires comme on le demande par exemple aux retraités qui doivent accepter le gel des pensions, la hausse de la CSG, la désindexation des pensions sur les prix, donc la baisse de leur pouvoir d’achat.

Est-ce à dire que comme élus parisiens nous ne sommes pas choqués par les scènes de violence qui ont émaillé les manifestations parisiennes plusieurs samedis de suite ?

Est-ce à dire que nous ne sommes pas conscients que les difficultés de certains commerçants, confrontés à ces dégradations, n’ont pas de conséquences sur l’emploi et plus largement sur l’économie ?

Est-ce à dire que nous trouvons normal que l’on s’attaque à des kiosques à journaux, à du mobilier urbain dont les coûts de réparation restent pour l’instant à la charge de la ville de Paris ?

Non et trois fois non. Mais en rester au constat ne fait pas avancer les choses.

La radicalisation des mouvements de protestation est d’une certaine façon également proportionnée à la volonté d’un gouvernement d’utiliser une technique bien connue, à savoir le pourrissement du mouvement et de diviser ainsi l’opinion, qui soutient les revendications portées par les « gilets jaunes » mais n’accepte pas les exactions commises par des casseurs, souvent professionnels.

Mon long parcours de militant, de dirigeant syndical et d’organisateur de grandes manifestations revendicatives m’autorise à avoir une opinion sur la gestion du maintien de l’ordre.

Cela fait plusieurs années, on peut faire remonter le phénomène aux manifestations de Seattle et de Gênes en 2001, mais aussi en France ces dernières années, notamment à partir des manifestations contre la loi Travail.

Des éléments extrémistes, connus de longue date des autorités de police, se glissent, ou plus exactement se collent aux manifestations, s’intéressant bien peu aux revendications portées par les manifestants pacifiques en profitent pour s’attaquer aux forces de l’ordre et aux biens publics et privés.

Si ce phénomène n’était apparu que depuis l’émergence des mobilisations des « gilets jaunes » nous pourrions croire à un phénomène passager. Mais il n’en est rien. Rappelons-nous par exemple des exactions devant un hôpital il y a quelques années par des délinquants qui avaient usurpé des badges syndicaux afin de faire porter la responsabilité des dégradations aux organisations syndicales. C’était au moment de la contestation de la loi El Khomri. L’émergence ces dernières années de nouvelles formes de mobilisations, d’occupation de l’espace public, interpelle sur les conditions du maintien de l’ordre.

A-t-on tiré tous les enseignements de ces débordements ?

Manifestement non !

Monsieur le Préfet, vous le savez, la responsabilité du maintien de l’ordre dans l’espace public relève bien de la responsabilité du gouvernement et des forces de l’ordre. Dans le cadre de manifestations sociales, les organisateurs ont eux la responsabilité d’assurer la sécurité de leurs cortèges respectifs.

Il y a chez bon nombre de nos concitoyens une incompréhension des méthodes employées par les forces de l’ordre, alors qu’elles assistent à des pillages et du caillassage de magasins, à des voitures à qui on met le feu !

Cette doctrine cent fois répétées par les différents Préfets et Ministres de l’Intérieur, nous dit qu’il vaut mieux des dégradations de commerces, de voitures ou de mobiliers urbains, que des blessés sur la voie publique.

Je serai prêt à vous entendre, si nous n’avions pas eu à connaître au cours des récentes manifestations un nombre important de blessés et de blessés graves, certains sont handicapés à vie, suite à des tirs de grenades ou de LBD, qui, vous le savez, sont totalement interdites dans nombre de pays européens qui ont aussi à connaître des manifestations importantes voire violentes. Et dont nous réitérons ici notre demande d’interdiction.

De plus et vous le savez les personnels en charge du maintien de l’ordre sont épuisés, exaspérés aussi des revirements en matière de doctrine de maintien de l’ordre. Leurs organisations syndicales se plaignent à juste titre d’un certain nombre de dysfonctionnements dans la transmission des ordres. Vous avez d’ailleurs évoqué de ce point de vue Monsieur Le Préfet, un besoin de clarté !

Faut-il rappeler ici que les policiers sont les exécutants d’ordres et de consignes venues de leur hiérarchie, qui peut aller jusqu’au sommet de l’État puisque le Président Macron s’est lui-même exprimé sur le sujet….

Ces manifestations violentes ont eu aussi pour conséquence le renforcement de l’arsenal juridique pour empêcher voire interdire des manifestations.

Nous le savons toutes et tous, les lois d’exception ont tendance à devenir la norme et la logique des gouvernements est toujours d’utiliser ces lois contre celles et ceux qui protestent ou mettent en cause les orientations politiques ou sociales d’un gouvernement.

La majorité macronienne, à la demande du gouvernement, a voté une proposition de loi proposée par la droite dite loi « anti casseurs » que d’aucuns qualifient « anti-manifestants ». Il faut remonter à Michel Poniatowski à la fin des années 70 pour retrouver des textes aussi contraignants et d’inspiration liberticide. Même si le Président répète à l’envi, y compris devant des élèves d’école primaire, que le droit de manifester est constitutionnel. Il ne cesse de l’encadrer et de le limiter parce quelques centaines de provocateurs, de casseurs, détournent cet acquis démocratique.

Monsieur le Préfet, la loi vous confère l’autorité sur le maintien de l’ordre à Paris. Votre arrivée a été annoncée comme la fin du « laxisme » ou des hésitations de votre prédécesseur en matière de stratégie de maintien de l’ordre.

Saurez-vous, mieux que ceux qui vous ont précédé, faire la part des choses entre des manifestants pacifiques et des provocateurs extrémistes ?

Je ne le sais pas, nous jugerons sur pièce.

Mais aucune politique ultra répressive ne peut être la solution, s’il n’y a pas de réponses politiques et sociales fortes aux attentes des manifestants et plus largement de nos concitoyens.

Vous n’avez pas ce pouvoir et nous ne vous le demandons pas. C’est au Président, au Premier Ministre et à son gouvernement de répondre.

Je vous remercie.

Publié le

2 avril 2019

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