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Crise des réfugié-es : hospitalité et fraternité

Fanny Gaillanne rappelle l’action et la politique de la ville en direction des réfugié-es montre que Paris prend ses responsabilités. La réponse à cette crise doit être solidaire et humaniste, et non pas sécuritaire. Nous devons faire preuve d’hospitalité et de fraternité

Retrouvez son intervention

Madame la Maire, Mes cher-e-s collègues,

Nous nous félicitions de ce vœu complet de l’exécutif relatif aux réfugiés que nous voterons.
La politique de la Ville de Paris est aux antipodes de celle menée par le gouvernement actuel. Cette dernière est caractérisée par une tendance à la criminalisation et la stigmatisation des réfugiés et de leurs soutiens. Une énième loi anti-migratoire votée récemment à l’Assemblée nationale, avec le soutien du Front national le démontre. À cela s’ajoute la politique de l’Union européenne qui suit cette trajectoire avec le Règlement de Dublin III qui ressemble à une vulgaire opération de tri d’êtres humains et de fermeture des frontières.

Pourtant, et j’espère que c’est évident pour l’ensemble de mes collègues, ces réfugiés sont avant tout des êtres humains qui fuient la misère, la guerre, et les dérèglements climatiques. Dans ce contexte il est peu probable qu’ils réalisent un benchmarking des aides sociales des pays européens.

On entend qu’il y a une crise migratoire depuis 2015, que la France est submergée face à un flux massif et constant de réfugiés. Or, nous n’avons même pas respecté notre engagement d’accueillir 24 000 réfugiés syriens en deux ans ! Il s’agit non pas d’une crise migratoire mais d’un crise de notre politique migratoire maintenant les réfugiés dans des situations de détresse. En rythme ordinaire les 210 000 migrants admis au séjour en France chaque année, auxquels il faut ajouter 80 000 demandeurs d’asile depuis 2015 représentent moins de 5 pour 1000 de la population française. L’engorgement des structures d’hébergement et d’accueil n’est pas dû à un nombre trop élevé de migrants, mais au manque de moyens attribués aux organismes et associations en charge de l’accueil. De plus, seulement un tiers des migrations mondiales va du sud vers le nord ainsi, les pays du Sud prennent la plus grande part de l’effort de solidarité, et certainement pas les pays du nord qui en parlent beaucoup mais font si peu. Un avis du Conseil économique et social a été rendu mercredi 23 mai critiquant largement la politique d’accueil européenne, soulignant que « la crise des réfugiés a été davantage une crise des politiques de l’accueil ». La peur des étrangers visibles partout a pour conséquence que « les crispations conduisent les États de l’Union européenne à durcir une politique de restriction des flux migratoires en multipliant les obstacles sur la route des personnes en exil et en oubliant que l’accueil des réfugiés ne peut se penser indépendamment des droits fondamentaux, élément constitutif de l’identité européenne ». L’avis insiste sur trois points : la réforme du règlement Dublin, la création de politiques d’insertion et le renforcement de la politique de premier accueil.

L’actualité récente a mis en avant un acte exemplaire du sauvetage d’un enfant par une personne réfugiée, M. Gassama, dont je salue l’action. Cette implication des réfugiés dans notre société n’est pas isolée et s’illustre au quotidien à Paris par ces Mineurs non accompagnés qui s’investissent dans leur scolarité exemplaire malgré les obstacles qu’ils rencontrent quotidiennement, par ces réfugiés devenus bénévoles au Centre de Premier Accueil ou suivant des cours de français donnés par des militants en plein air place Stalingrad. Ce sont pour moi des actes de bravoure quotidiens qui nécessitent des régularisations massives.

Les forces de l’ordre ont procédé, à la mise à l’abris de 1000 réfugiés du campement du millénaire dans le 19ème arrondissement, et ce lundi 4 juin à la mise à l’abris des réfugiés de la porte des poissonniers et du canal Saint Martin. Ces nouvelles évacuations d’envergure rappellent inlassablement la nécessité de renforcer considérablement l’offre d’accueil et d’hébergement. La question des réfugiés est une question d’humanité et non de sécurité. L’État doit réquisitionner les sites disponibles, pour construire des centres d’hébergement temporaires, au risque d’entrainer la reformation de ces campements indignes. Nous demandons la réquisition des bâtiments vides et abandonnés qui peuvent largement servir à la mise à l’abri urgente. Au dernier Conseil de Paris, des propositions ont été formulées par Ian Brossat et nous attendons toujours des réponses du gouvernement. Nous proposions qu’un site sur le Bois de Boulogne accueille un centre temporaire d’hébergement d’urgence.

Face aux politiques répressives du gouvernement, la société civile a pris en main la question migratoire redéfinissant les pratiques d’accueil et de solidarités en proposant des solutions concrète dans deux manifestes : les Etats généraux des migrations et celui de Grande Synthe. Dans le cadre de la défense des droits fondamentaux des réfugiés, nous saluons l’ensemble de ces initiatives. Afin de les soutenir, nous sommes co-signataire d’un voeu qui demande à la ville de Paris de se positionner pour l’abrogation de l’article L 622-1 relatif au délit de solidarité.

La Ville de Paris est fortement engagée en matière de politique migratoire. Mais ce qui manque c’est une vision de long terme. Cette politique de long terme pourrait s’accompagner d’un ensemble de mesures d’accueil et d’hospitalité en lien avec les habitants de nos quartiers. Je peux le constater dans mon arrondissement, à l’image du lycée Jean Quarré devenu centre d’hébergement d’urgence avec le soutien de la population locale. Comme l’explique la sociologie Isabelle Coutant les mobilisation des habitants en faveur des réfugiés Place des fêtes se sont poursuivies dans un engagement pour le quartier : création d’amicales de locataires, cafétéria itinérante dans l’espace public, investissement dans les projets de réaménagement de la place etc. Ce sont donc des rapports nouveaux qui s’établissent entre les parisiens, les réfugiés et la vie de la cité qu’il faut accompagner.

C’est pour toutes ces raisons, que nous continuons de porter au sein du Conseil de Paris, comme dans la société des propositions et des solutions d’urgence et d’avenir, visant à faire converger les efforts, les exigences et apports de chacun et chacune en faveur d’une France solidaire et hospitalière pour celles et ceux qui demandent aide et protection pour que enfin, « la migration ne soit plus synonyme de souffrance ».

Je vous remercie

Publié le

6 juin 2018

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